mardi 18 juin 2019

Micro-ostéologie [ostéologie (1)]

Personnellement, je trouve que l’ostéologie est une science intéressante et j’aime bien contempler les spécimens préservés. Ma conjointe, quant à elle, A-DO-RE l’ostéologie : la collecte des spécimens, le vidage, l’écorchage, le retrait de la chair, les différents trempages, le curetage, le brossage, le polissage, le remontage… tout cela est pour elle un agréable loisir.


(si vous vous demandez si elle est normale, considérez qu’elle m’a choisi comme conjoint et tirez-en vos propres conclusions).

Ainsi, lorsque nous sommes tombés sur la dépouille d’un campagnol — de toute évidence victime d’un chat — Sonya s’est aussitôt enthousiasmé.

Puis nous avons songé à ce que serait la tâche de remontage… nous avons notamment pensé à la taille des vertèbres et au calvaire de les remettre dans l’ordre… alors nous avons décidé de nous en tenir au crâne.

Les outils d’un kit de manucure du Dollarama ont suffi pour amorcer le projet. Nous avons détaché la tête avec les ciseaux à cuticules et, après avoir ébouillanté notre spécimen, nous l’avons écorché à l’aide de pinces à sourcils.

Triste constatation : la boîte crânienne était défoncée — œuvre du chat, sans doute. Nous avons donc décidé de nous limiter à la mâchoire, qui n’est pas dépourvue d’intérêt.

La période de macération (laisser le spécimen dans l’eau pour que la chair décompose) n’a duré qu’une semaine. Par la suite, le curetage et le brossage s’est fait avec un cure-dent et une brosse à dents (et parmi les choses bizarres que j’ai fait dans ma vie, je peux ajouter que j’ai brossé les dents d’un rongeur).

Vient ensuite le bain dans l’eau saturée de bicarbonate de soude et le séchage au grand soleil.


Le résultat, propre et blanc, fut désinfecté à l’isopropanol (j’avais peur qu’une solution dakin ne dissolve les minuscules os, presque translucides tant ils sont minces).


Une éprouvette de 15 ml retournée à l’envers m’a servi de cloche de verre. Le tout est monté sur une épingle de couture.


Et voilà un naturalia minuscule qui vaut la peine qu’on s’y attarde (ici à côté d’un bourdon).

Temps investi (excluant les périodes de trempage) : 3 heures.   

lundi 17 juin 2019

Microcosme sous cloche


La classe bourgeoise de l’époque victorienne connait un véritable engouement pour l’histoire naturelle. Les « cages de verre » sont l’une des manifestations de cet intérêt. La plupart des familles aisées avaient, en guise d’objet décoratif, une cloche de verre sous laquelle se trouvaient des spécimens naturalisés.


Certains frôlaient le grotesque comme les crapauds empaillés placés debout et vêtus de petits complets, à la manière du personnage de Kenneth Grahame, ou dans diverses situations anthropomorphiques.



D’autres étaient totalement fantasques, comme des oiseaux composites constitués de spécimens d’espèces différentes « fusionnés » en un seul grâce aux compétences du taxidermiste.



Le tout était généralement accompagnés de décorations tarabiscotées et souvent monté sur un mécanisme de boite à musique.

Chez les scientifiques, on privilégiait deux types de cage de verre : les représentations de familles et les microcosmes. Les représentations de famille étaient de très grosses cloches contenant un membre de chaque espèce d’une même famille (par exemple, tous les types de colibris).


Les microcosmes, comme leur nom l’indique, sont de petits instantanés naturels où le taxidermiste tente résumer en un seul coup d’œil l’habitat d’un spécimen ; un ou deux échantillons minéraux et quelques végétaux séchés, le tout scrupuleusement sélectionné le plus près possible de lieu de capture de l’animal.

Dans un cas comme dans l’autre, l’idée est de reproduire en trois dimensions la traditionnelle planche d’art naturaliste.




Je m’y suis essayé aujourd’hui avec un insecte, en m’inspirant de ce microcosme de scarabée trouvé sur le web.



J’ai choisi la libellule capturée hier…



…et, pour représenter son habitat (une rive rocailleuse)…


…j’ai choisi ce schiste, ce bois flotté de bouleau (l’espèce d’arbre dominante des lieux) et ce minuscule coquillage (environ 3 millimètres).



J’ai collé la pierre avec de la colle Testors pour modèles réduits ainsi que le morceau de bois sur son socle. Pour coller la libellule, j’ai utilisé le Mod Podge, craignant qu’une colle plus forte ne l’abime. J’ai surtout travaillé avec des pinces à sourcils (pour poser les objets) et un cure-dent (pour poser les gouttes de colle).



Pour la cloche, il s’agit de l’ensemble sous-verre DavidsTea / chandelle du Dollarama présenté dans le billet spécimens sous cloche.


Voilà donc une pièce pour votre cabinet de curiosités qui attire l'oeil tout en exhibant votre dextérité et votre sens de l'esthétique.

Coût du projet : 3$
Temps investi : agréable promenade de 2 heures pour choisir les spécimens
                         2 heures pour les délicates séances de montage
                         30 minutes de séchage pour la colle entre chaque étape
       

Curieuse expédition (3) : spécial Fête des Pères





Pour une personne qui ne connait pas l’histoire naturelle, une promenade en campagne ou au bord de la mer ressemble à la visite d’une galerie remplie de tableaux dont les neuf dixièmes seraient retournés, face contre le mur.
— Thomas Henry Huxley, 1854


Hier, ma petite famille m’a offert en guise de cadeau une promenade sur le bord du fleuve, dans le coin de Lotbinière, afin de dénicher quelques curiosités pour le cabinet. Une magnifique journée en famille, où ma conjointe et moi avons pu attirer l’attention de notre fille sur de multiples merveilles de la nature.



Voici ce que nous avons déniché en fouinant deux petites heures sur cette plage rocailleuse.


Dans le règne animal :


Des coquillages minuscules mais très jolis…


…une pince de crabe…


…un énorme bivalve…


…un autre crâne de raton-laveur (qui aura besoin d’être brossé et blanchi) …


…une grande libellule (une Lydienne ou, pour être plus précis, plathemis lydia mâle immature)…


…un os de goéland poli par les eaux (son intérieur poreux indique qu’il s’agit d’un os d’oiseau, ses proportions nous révèlent l’espèce)…


…une moule…


…et une énorme plume de corbeau (14 pouces, ou 35,5 cm).



Dans le règne minéral :


Schistes d’ardoise gris…


… et calcaire.

Dans le règne végétal :


Cette étrange plante rouge que je ne suis pas encore parvenu à identifier. Si jamais je n’y parviens pas, elle ira temporairement rejoindre mes canulars et y sera présentée comme l’herbe rouge martienne de La Guerre des Mondes de H.G. Wells.


Dans le registre des « vraies » curiosités :


Un gros morceau de nacre (cette matière dont sont composées les perles — oui, techniquement ça appartient au règne animal, je sais)…


…et un morceau de bois fossilisé.


Merci à Sonya et Florence pour cette promenade mémorable !

vendredi 14 juin 2019

Appareils de mesure


Longueur, poids, calcul : les appareils de mesure sont indispensables à tout chercheur. Techniquement, mes appareils de navigation et les pièces qui composent le mur aux cadrans sont aussi des appareils de mesure, mais j’ai voulu traiter ici des appareils de calcul plus conventionnels.

Dynamomètre mécanique



Les amateurs de pêche l’auront reconnu et le nomment généralement « peson » — ce qui est un terme correct, soit dit en passant. Si l’appareil peut servir à peser un poisson, son principal usage est de mesurer une force ou un couple en kilogramme-poids.

Déniché à 10$ chez un antiquaire liquidant un surplus d’entrepôt.


Pied-de-roi
Ancêtre de la règle à calculer, les premiers pieds-de-roi comportaient des divisions en pouces, eux-mêmes divisés en douzièmes. On avait ainsi à sa disposition les divisions les plus fréquentes du système de longueur. On les utilisait aussi en guise de compas à proportion. Ils n’étaient alors composés que de deux parties.

Au XVIIe siècle, on inventa la règle à calculer. Le pied-de-roi perdit alors son rôle d’outil de calcul pour devenir un simple outil de mesurer — on pourrait parler de « pied-de-roi 2.0 ».


Celui-ci, à sections multiples (plus récent que ceux à deux parties), date de 1922. La règle à calcul étant inventée depuis longtemps, le pied-de-roi devient un cousin du ruban à mesurer. On divise alors ses sections en seizièmes. Je l’ai trouvé dans la même grange abandonnée où j’ai déniché les cruchons de verre (voir Matériel de Navigation).

Étrange appareil…
J’attends encore de découvrir à quoi sert cet appareil. Trouvé à la Ressourcerie pour 1$, je l’ai acheté sans même savoir ce que c’était. On m’a d’abord dit qu’il s’agissait d’un appareil de couture, mais après avoir vérifié le web, les deux objets présentent plusieurs différences (et même si c’est vraiment un objet de couture, il est assez bizarre pour mon cabinet !). Le premier à me l’identifier gagne un prix ! Il est daté de 1912.


Balance antique
Afin de peser divers objets, on utilisait comme référence de petits poids de laiton qu’on déposait dans l’un des plateaux. Chaque poids était plus lourd que le précédant et on parvenait, par combinaisons, à obtenir des résultats très précis. J’ai trouvé cette balance chez mon antiquaire favori et elle date de 1847. Je l'ai eu pour une bouchée de pain en échange d'une éprouvette à bromure que j'avais en double.



Elle est pourvue de cinq poids de référence (1gr, deux fois 2gr, 5gr et 10 gr). Ce modèle était favorisé par les apothicaires.  



Poids de balance
Un autre ensemble de poids, liquidé à 20$ chez un antiquaire (le même qui m’a vendu le dynamomètre). Ici, ce sont des poids plus importants, montant jusqu’à 100gr.



Boulier
Les bouliers permettent d'effectuer le calcul des opérations : additions, soustractions, multiplications et divisions, mais aussi d'écrire des nombres. Dans des mains expertes, il est cependant possible de réaliser d’autres opérations comme le calcul de racines énièmes ou la conversion entre différentes bases



Chaque colonne représente (en partant de la droite), les unités, les dizaines, les centaines, etc. Les cinq boules en dessous de la barre valent chacune 1, et les deux boules situées au-dessus de la barre valent chacune 5. On ne prend en compte dans le calcul du nombre représenté que les boules activées, c'est-à-dire déplacées près de la barre centrale horizontale.

(En 1945, un match opposant un comptable japonais muni d’un boulier et un opérateur de calculatrice électrique a été gagné par le Japonais par un score de 4 à 1).

J’ai trouvé ce boulier dans une boutique du quartier chinois de Montréal, à 15$.

De nombreux autres outils de calcul que je rêve de posséder (notamment une pascaline et une curta) sont décrits dans l’article de Mario Tessier Quand la règle à calcul était reine ou les calculateurs analogiques d’autrefois, Solaris 203.



mercredi 12 juin 2019

Un peu de théorie...


Bon, ok.

Ça fait plusieurs personnes qui me demandent d'expliquer clairement mon projet ; autrement dit d'expliquer ce qu'est exactement un cabinet de curiosités.

Je vais tâcher de faire ça bref.

Les cabinets de curiosités étaient des pièces, (parfois des meubles à tiroirs ou vitrés), dans lesquels étaient entreposés et exposés des objets surprenants d'une manière plutôt hétéroclite. Le but était de  faire découvrir par l'émerveillement le monde proche et lointain (contrées exotiques ou civilisations anciennes).



Véritable mode parmi les lettrés et les nobles à partir de la Renaissance, les cabinets de curiosités ont donné naissance aux premiers musées, les propriétaires de cabinets en faisant don après leur mort. Les cabinets marquants de l'Histoire que je connais le mieux ont ceux de Rodolphe II de Habsbourg et d'Ulisse Aldrovandi...


...et le cabinet fictif d'Archibald Leopold Ruthmore, bien entendu !



Traditionnellement, les éléments d'un cabinet sont divisés en quatre branches que je brosse à gros traits :

Naturalia : objets d'histoire naturelle (minéraux, végétaux, animaux)
Artificialia : objets intrigants créés par l'homme (antiquités, monnaie, bijoux, armes)
Scientifica : instruments scientifiques, objets de calcul, automates, maquettes de machine
Exotica : objets ethnographiques


J'ai d'ailleurs décidé de suivre cette démarche. Je me suis surtout attardé sur les scientifica et les naturalia jusqu'à présent, mais j'ai des éléments pour les autres branches à vous présenter éventuellement.

Pour le reste, je vous renvoie à l'article de Mario Tessier dans Solaris 191, dont j'ai déjà parlé...





mardi 11 juin 2019

Curieuse expédition (2) : exposition Léonard de Vinci : 500 ans de génie.


Autre exposition du Musée des Sciences et Technologies, l’exposition sur Léonard de Vinci est fort intéressante et met l’accent sur les machines extraordinaires que le Maestro a dessiné, notamment dans le Codex Atlanticus.



Disons-le tout de suite : tout est faux dans cette exposition. Maquettes modernes, réplique de La Joconde, faux Codex, reproductions d’esquisses. Il n’y a pas une seule pièce qui soit authentique. Mais l’intérêt de l’installation n’est pas là.





L’exposition parvient vraiment à rendre la pensée créatrice et le génie de De Vinci. Si la plupart des machines sont à échelle réduite, certaines ont été construites aux dimensions prévues par l’immortel ingénieur.



Pour ceux qui l’ignoreraient, De Vinci a également conçu de nombreux automates et jouets mécaniques pour enrichir les cabinets aux curiosités de la noblesse. Ceux-ci ne sont pas montrés, mais on en fait mention. Toutefois, plusieurs machines pré-industrielles ont été reproduites et sont laissées à la libre manipulation des visiteurs.



L’exposition vaut largement le détour… et la boutique de souvenirs aussi ! Je me suis laissé tenter par cette maquette en bois et toile…



…je ne l’ai pas encore montée, mais la vitrine de la boutique montre le résultat final (un peu magané par les clients, toutefois). Je crois que je vais teindre la mienne...



En matière de jouets mécaniques pour un cabinet, difficile de trouver mieux. Je n’allais pas me passer d’un tel objet, à un prix aussi bas que 20$... E pur si muove ! comme aurait dit un autre génie.