vendredi 3 avril 2020

Entomologie (7) : De la chasse aux papillons tropicaux… au Québec… durant l’hiver


Ce billet fut écrit avant la période de confinement. 
Je ne cherche pas à vous narguer en parlant de magasinage.


J’ai hâte de retourner à la chasse aux insectes. Ma collection n’est pas énorme, mais elle a quelques beaux spécimens, et je me découvre un intérêt de plus en plus vif pour l’entomologie, passant d’une simple curiosité émerveillée à une réelle fascination. C’est aussi vrai pour les minéraux, les plantes, les antiquités — bref, tout ce que compte mon cabinet.

Bref, j’ai hâte de me remettre en chasse, de construire un piège lumineux, d’arpenter des écosystèmes de la province que je n’ai pas encore arpenté. Pour ne rien aider, je relis du Verne ces temps-ci, ce qui attise mes instincts d’explorateur scientifique.

Mais, impatient d’agrandir ma collection, je fus contraint de me tourner vers des procédés moins héroïques, c’est-à-dire arpenter les sites de petites annonces sur le web. Je ne voulais pas dépenser de gros montants, mais cette annonce précise a suscité mon intérêt.



C’était vraiment donné et, s’il fallait un argument supplémentaire, l’ensemble comprenait un papillon  Lamproptera meges (au centre, leptocircus en ancienne nomenclature). Pour est-ce que ce fut un argument ?



C’est que, quand j’étais petit, j’adorais regarder les planches naturalistes du Larousse de ma grand-mère et je m’étais juré qu’un jour, je mettrais la main sur un spécimen de chacun des papillons ci-dessous.



Alors voilà, un petit 5$ de sacrifié et je pouvais cocher de sur ma liste l’une des espèces convoitées par le gamin que j’étais.

À peine une semaine plus tard, le hasard me réservait une sacrée surprise.

J’étais à la Ressourcerie, quand soudain j’ai aperçu cette décoration kitch digne des matantes Georgette de ce monde : un cadre massif avec des fleurs de plastique, des feuilles de vinyles, des graminées séchés et peints en orange fluo… et des papillons placés dans une posture supposée imiter un essaim.



Mais le cadre lui-même était intéressant : c’était un cadre-boîte vitré en bois. Alors je m’approche de l’étrange décoration qui, personne n’en doute, trouvait jadis sa place auprès de napperons de dentelle et d’une collection de coqs en bois…

…puis…

…MERDE ! CE SONT DE VRAIS PAPILLONS !!!

J’achète, pour une bouchée de pain, cet arrangement douteux (en passant : collection de minéraux, d’insectes, de livres anciens liquidés dans la même région, dans les mêmes commerces… viennent-ils du même endroit ? Et si oui, comment retrouver cette personne, que je lui fasse un prix pour le lot ?).

Une fois à la maison, dévissage du cadre, arrachage des plantes de plastique, repiquage des papillons.

Puis, j'ajoute les spécimens achetées sur Kijiji et que mon Morpho bleu que je vous ai déjà montré…



…j’ai décidé de faire un présentoir complet en réutilisant le cadre.



C'est pas l'image du dictionnaire de Grand-maman, mais c'est déjà pas mal... 

Mais ce cadre n’est que temporaire ! Il me faut absolument changer le fond blanc pour une seconde plaque de verre — car voyez-vous, plusieurs de ces papillons sont très différents en avers et au revers (ou recto et verso si vous préférez).

Voyez :



A- Avers



A- Revers




B- Avers



B- Revers


C- Avers




C-Revers


Sans compter les ailes du Lamproptera meges, qui ont des zones sans écailles qui ne sont pas mises en valeur sur ce fond blanc.




Alors voilà, c’était le résultat de ma chasse !

Me reste à identifier chaque espèce… mais n’est-ce pas là le boulot principal de l’entomologiste pendant la saison morte ?




samedi 28 mars 2020

Pour C***


Je viens tout juste de recevoir un courriel de C***, 12 ans, qui s’est fait proposer la lecture de mon blog au début de l’année scolaire, en septembre dernier. Elle se dit trop gênée pour commenter mais elle a obtenu de son enseignante mon adresse courriel.

Elle m’a demandé de ne pas être nommée car elle se dit très timide.

Alors, chère C***, je vais quand même te répondre sur mon blog, car il est possible que d’autres personnes se posent les mêmes questions que toi. Je serai discret, ne t’inquiète pas !

Donc…

Je trouve que tu as eu une très bonne idée de ramasser ce vieux meuble stéréo dans les ordures de ton voisin. (Pour les autres lecteurs de ce blog, j’ai trouvé la photo d’un meuble semblable, car C*** m’a demandé de ne pas afficher les photos qu’elle m’a envoyé). Ça fait un très beau présentoir et j’ai moi-même songé en acheter un dans une boutique de seconde main.


Photo trouvée sur le web

Tu me demandes comment déterminer les insectes, les végétaux et les minéraux qui valent la peine d’être ramassés. Il n’y a qu’une bonne réponse à cette question : ce sont ceux qui piquent ta curiosité. En te renseignant sur tes spécimens, tu feras d’autres découvertes et de fil en aiguille, ta collection va grandir. 

Laisse choisir ton émerveillement et rien d’autre !

Non, ce n’est pas ridicule de t’exercer avec les os de la dinde du jour de l’An pour remonter un squelette. C’est même une excellente idée ! Ta grand-mère est d’ailleurs très gentille de te les avoir gardés. Dans l’œil du naturaliste, la dinde est sur le même pied d’égalité que les autres oiseaux. Comme tu déplorais de ne pas avoir les pieds ni la tête, je te propose d’aller voir des producteurs locaux ou de les contacter par Facebook, je suis certain que tu trouveras quelqu’un d’assez gentil pour te fournir les morceaux manquants. 


Un squelette de dinde entier trouvé sur le web... avouez que ça a de la gueule !

Si tes parents souhaitent t’encourager comme tu le dis, je crois que tu pourrais très facilement demander à une boucherie de leur procurer un cochonnet de lait et un lapin entier. Après ces excellents repas, il te restera le squelette de deux quadrupèdes. Si tu veux t’essayer à un volatile plus petit, la caille est une bonne idée. Bon, il y a aussi des producteurs d’autruches, mais je ne sais pas si tes parents auront envie de faire l’achat d’une pièce de cette taille !

C’est normal de briser quelques insectes au moment de l’épinglage quand on débute. Ça m’arrive encore parfois. Je vais te donner un bon truc : quand tu captures un insecte qui te semble rare ou précieux, fais-le geler, puis garde-le au froid le temps de capturer un autre insecte plus commun qui y ressemble, de préférence un nuisible. La photo que tu m’as envoyée est une cicindèle verte. Dans le monde des insectes, la cicindèle se compare à un fauve efficace et solitaire comme le tigre.


Photo trouvée sur le web

C’est un très bel insecte et oui, c’est difficile d’écarter les ailes d’un coléoptère. L’été prochain, fais-toi une petite réserve de doryphores (les fameuses « bébittes à patates »), de hannetons et de scarabées japonais. Tu pourras t’exercer à ouvrir les ailes sans les abimer.

J’espère que je réponds à tes questions et je suis tout dévoué à te répondre à nouveau.

Heureux de t’avoir connu, consoeur cabinetière !

Sébastien     

vendredi 27 mars 2020

(Pédagogie de quarantaine) La Course autour du Monde en 80 jours !

Salut à tous les aventuriers qui s'embarquent avec Phileas Fogg pour une balade autour du monde en 80 jours, élèves de mesdames Martika, Carelle, Kathryn, Josy-Ann, Sarah, Florence et Judith ! Nous avons des participants de Lévis, Québec, Longueuil, Gatineau, Trois-Rivières, Shawinigan et Chicoutimi. 

J'ai l'honneur d'être celui qui vous sert de guide pour cette aventure et qui vous fournira votre matériel d'explorateur de base.

Voici d'abord votre livre de voyage, Le Tour du Monde en 80 jours de Jules Verne.






Il y a 37 petits chapitres. À partir de la semaine prochaine, vous devrez en lire un par jour de classe, c'est-à-dire du lundi au vendredi. Ceux qui seront passionnés par l'aventure peuvent, bien sûr, lire le livre aussi vite qu'ils le veulent !

Tout bon explorateur a besoin d'une carte pour le guider dans son voyage. Voici la votre : vous devez l'imprimer et ceux qui n'ont pas accès à une imprimante peuvent s'adresser à leur enseignante pour en recevoir une par la poste (et ceux qui n'ont qu'une imprimante noir et blanc... profitez-en pour en demandez une en couleur !).


 

À vous de choisir votre pion : jeton de bingo, pièce de monnaie, pion de Monopoly, pièce d'échec, à votre choix. Placez-le au numéro 1, où nous ferons la connaissance de monsieur Phileas Fogg.

Notre voyage commence à Londres (no. 3) et c'est moi qui vous guide vers la première activité, à son Musée d'Histoire Naturelle.




Vous devez cliquer ci-dessous pour voir l'exposition virtuelle consacrée à Darwin et ses pinsons.

https://www.nhm.ac.uk/schools/teaching-resources/galapagos-finches-show-beak-differences.html

La page va s'afficher en anglais, bien sûr, mais vous pouvez la traduire automatiquement en français en faisant CLIC DROIT.

Vous avez déjà reçu votre feuille de travaux par courriel. 

Élèves en anglais intensif et classe de Kathryn : vous devez écouter la vidéo en anglais au bas de la page et répondre en anglais aux questions. 

Quand vous aurez terminé, vous passerez sur la page Facebook de madame Judith pour la suite du voyage.

Élèves ayant choisi le voyage enrichi : après Londres, vous ferez un détour par l'Islande ! Vous quittez temporairement la carte du Tour du monde en 80 jours. Vous téléchargez ici le Voyage au centre de la Terre que vous avez une semaine pour lire, et c'est sur le Facebook de madame Martika que vous allez chercher vos activités spéciales.  



 
https://docs.google.com/viewerng/viewer?url=https://www.ebooksgratuits.com/pdf/verne_voyage_centre_terre_illustre.pdf#:0.page.1


Ne vous inquiétez pas... Voyage au centre de la Terre se termine en Italie, juste à temps pour rejoindre le groupe de Phileas Fogg, qui sera lui aussi arrivé en Italie (au numéro 8 sur votre carte).

Bon voyage !



mardi 24 mars 2020

Fantastiques végétaux (3) : Dans l'antre des plantes carnivores


 J’ai découvert l’existence des plantes carnivores par le film « Petite boutique des horreurs » mettant en vedette Rick Moranis, acteur s’étant fait jadis une spécialité dans les comédies SF/Fantastique.


On s’était rassemblé à huit ou neuf dans le sous-sol chez mon voisin Sébastien Trudel pour le regarder, sa gardienne le laissant se coucher à des heures impossibles et autorisant qu’on dorme à plusieurs chez lui, tant qu’on la laissait tranquille avec son chum à lui « faire visiter » la chambre des parents.

Si le film avait terrorisé les autres enfants (et en le revoyant, je réalise à quel point c’était ridicule), ma réaction avait été « Il me FAUT une plante comme ça ! ».   

(non, je ne lui aurais pas fait dévorer des gens… j’avais pour projet de la nourrir des rats qui abondaient dans la « cour à scrap » non loin de chez moi).

Par la suite, j’en ai vu dans de nombreuses occasions :



Dans Jayce et les conquérants de la lumière


…dans Les Pierrafeu


…dans Fraggle Rock


… dans les jeux de la série Super Mario

...dans une bande dessinées des Schtroumpfs

…entre autres.

Je pense qu’affronter des plantes carnivores est un incontournable pour tout bon explorateur.

Ce que je trouve dommage, toutefois, c’est qu’on s’inspire toujours de la dionée qui, ma foi, est beaucoup moins impressionnante dans la réalité qu’au cinéma.


Non, ce n'est pas moi qui est l'heureux propriétaire de ce plant... 
j'en rêverais, mais j'ai déjà eu un cactus et... il a manqué d'eau.

Elle n’en reste pas moins fascinante.


Au Québec, nous avons de nombreuses espèces de plantes carnivores. Elles pallient à la pauvreté du sol des tourbières en s'alimentant de petits invertébrés… ou davantage.  

Mon herbier compte deux espèces de plantes carnivores dont je suis très fier.


Sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea)


La Sarracénie pourpre est une plante carnivore de la famille des sarracéniacées. Elle est l'emblème floral de la province de Terre-Neuve-et-Labrador. Cette plante est facilement reconnaissable, très rouge, avec des feuilles refermées sur elles-mêmes, ouvertes vers le ciel et normalement remplies d'eau.


Le piège formé par sa feuille fonctionne par noyade. L'urne doit pouvoir se remplir facilement d'eau. Contrairement à d'autres plantes carnivores à urnes, comme les nepenthès, la sarracénie n'a pas la capacité de produire de l'eau et doit donc récolter l'eau de la pluie.


Jusqu’à tout récemment, on croyait que les sarracénies et les néphentès ne se nourrissaient que d’insectes. On en a découvert il y a quelques années en train de digérer une salamandre. Dès lors, un projet a été établi pour filmer une centaine de spécimens avec des caméras spéciales.


Une image vaut mille mots.


Droséra





Les droséras sont de petites plantes insectivores. Les feuilles font environ 6 à 10 cm de long. Le limbe est orbiculaire. Elles sont sensibles aux excitations mécaniques et chimiques. 


Elles portent des poils glanduleux, parfois irritants, sécrétant des substances qui attirent et engluent les insectes. Après la capture, les poils se recourbent vers le limbe de la feuille. Les insectes ainsi piégés peuvent ensuite être digérés par des enzymes.


À partir de 1860, Charles Darwin et son fils Francis commencèrent une longue série d'expériences pour étudier la manière dont les droséras attrapaient et digéraient leurs proies. Ils ont constaté en particulier que les spécimens nourris atteignaient une taille plus imposante que les autres. Les plantes réagissaient bien avec la viande crue ou rôtie, le fromage, les œufs et le lait, mais refusaient de digérer le sucre, l’amidon et les graisses végétales.

Autrement dit, le droséra ne digère que des aliments provenant du règne animal.
Le résultat de ses recherches sur le droséra et d'autres plantes carnivores fut publié en 1875 dans son livre Insectivorous Plants.

On lui attribue également la phrase : "I care more about drosera than about the origin of all the species in the world."

vendredi 20 mars 2020

Curieuse expédition (6) : Cabinets de zoo (et de l’art d’y ramasser des spécimens, si-si !)


Les cabinets semblent à la mode par les temps qui courent — du moins en ai-je l’impression. J’ai fait trois jardins zoologiques durant l’été 2019 (ma fille adore les animaux et à vrai dire, ma conjointe et moi aussi). Sur les trois que nous avons visité, soit le Parc Safari, le Zoo de Granby et le Zoo de St-Félicien, deux d’entre eux se sont installés des cabinets.

Ce qui est bien logique : forcément, les animaux finissent par perdre des poils, des dents, des piquants, ou carrément décéder…

Je gardais un mauvais souvenir du Parc Safari — animaux obèses, contraints au fouet de se rapprocher des voitures. L’établissement avait même été banni du regroupement des jardins zoologiques. Néanmoins, un changement de direction et des mesures draconiennes ont redressé l’établissement, pour le plus grand bien des animaux. Quant à leur obésité, elle diminue grâce à un régime strict.

Bref, ce fut une belle visite.

Leur cabinet est assez intéressant et fort bien monté. On y voit des animaux naturalisés et des squelettes entiers.







Je trouve néanmoins dommage qu’on y montre que des naturalia du règne animal. Vous me direz que c’est un zoo, et non un musée, mais j’aurais aimé voir des spécimens des végétaux dont se nourrissent les animaux exotiques et des outils utilisés par les zoologistes et les vétérinaires spécialisés.



Mais comme c’est un bonus au zoo, sans frais, je ne vais pas me plaindre.



La boutique de souvenirs offre un très large choix d’insectes exotiques naturalisés et même d’impressionnantes collections, mais à prix très fort…




…du côté du zoo de Granby, à présent !

Il s’agit sensiblement des mêmes éléments (taxidermie et ostéologie) alors je ne vais pas divulgâcher en double. Un élément particulier en vaut toutefois une mention spéciale : ce présentoir à spécimens préservés dans l’alcool. Stupéfiant, fascinant et impressionnant !











On ne voit malheureusement pas aussi bien que je l'aurais voulu. Au pire, allez voir sur place !


Ai-je bien dit « collecter des spécimens » dans le titre ?

Ouiiii ! Mais ça doit être fait avec politesse et savoir-vivre.

Aux deux établissements ci-haut, on m’a fait la même réponse : ce qui tombe en-dehors des habitats est un « déchet » et libre à moi de le ramasser. Gare à moi, toutefois, si je cherche à passer mes mains dans un habitat : expulsion automatique. Et pour ce qui est de faire des yeux doux à une technicienne en santé animale (surtout la jolie Coréenne, hum-hum), c’est également inutile. « Si on commence ça, faudra le faire pour tous ceux qui vont en faire la demande et ça n’aura plus de fin », dixit la charmante gardienne aux yeux bridés.

Alors… que peut-on prélever en gardant son savoir-vivre ?

Je dirais que c’est l’occasion rêvée de collecter des plumes d’oiseaux exotiques. Un oiseau perd des plumes chaque jour et le vent les souffles hors des habitats. Ils abondent sur les sentiers.


De ma collection de plumes ci-haut, j’ai ramassé de cette manière mes plumes de grue japonaise, de loriquet et d’émeu (ceux-ci se promènent librement… il y a assez de plumes pour bourrer un coussin… et ce sont de belles curiosités avec leur double rachis).

J’ai aussi cette plume de harfang des neiges que je n’ai pas encore placée dans le cadre.


Je dirais aussi que c’est l’occasion de collecter quelques échantillons de pelage, surtout au Parc Safari.




Un chameau nous a approché et en le caressant, une masse de lainage nous est resté dans les mains.


C’est étonnamment soyeux.

Morale : démontrer votre savoir-vivre, respecter les règles, et vous reviendrez avec des échantillons d’animaux exotiques dignes des grands explorateurs…

…et vous ne risquez rien à faire poliment des yeux doux aux gardiens. Vous aurez peut-être davantage de chance (ou de charme !) que moi…

…mais demandez la permission !