jeudi 6 mai 2021

Un long silence...

Quelques lecteurs du blogue m'ont demandé la raison de mon long silence. 


La raison est fort simple : je viens de faire l'acquisition d'un excentrique univers bien réel, un manoir bien à moi dans lequel je pourrai m'établir et disposer de tout l'espace requis pour mon immense bibliothèque, mon cabinet de curiosités, mon bureau d'écrivain, mon laboratoire alchimique, mon labyrinthe de haies, mes oubliettes souterraines, mes passages secrets, mon bassin de jenny hanivers, un ou deux fantômes... ainsi qu'un vaste terrain où mes vélociraptors pourront chasser sans restriction, où je pourrai faire atterrir mon navire-zeppelin et transplanter mes umdhlebi. 




Je reviendrai bloguer sur la fin de l'été, si tout se passe bien.      

lundi 1 février 2021

Cylindre phonographique

La petite histoire de cette curiosité est fascinante puisque, comme c’est souvent le cas, elle avait été oubliée par ses propriétaires qui en ignoraient jusqu’à la fonction.



 

 

L’arrière-arrière-grand-mère d’une amie était l’heureuse propriétaire un phonographe Edison. Cette luxueuse possession lui permettait de faire jouer des enregistrements de son choix quand elle le désirait et autant de fois qu’elle en avait envie : un fabuleux loisir à une époque où la radio diffusait ses programmes en direct, y compris la plupart des programmes musicaux.

 

De l’appareil lui-même, on ne sait ce qu’il advint : la grand-mère de mon amie croit se souvenir l’avoir aperçu dans une malle quand elle était enfant, sans pouvoir en jurer.

 

Les cylindres, eux — car oui, avant les disques il y avait des cylindres de cire — avaient été entreposés dans une cave, puis transférés dans un débarras, puis oubliés. Vers les années 80, ce débarras fut vidé et le père de mon amie, n’ayant jamais vu un tel objet, avait cru découvrir boîtes à bobines de fil. Il avait donc écrit « couture » au crayon feutre sur la boîte et avait poursuivi son ménage.

 

Et récemment, mon amie était en train de coudre sur la Singer familiale (de bonnes machines qui durent éternellement : j’en ai une et ne l’échangerais pour rien au monde) quand soudain elle désira une aiguille à cuir. Elle fouilla les boîtes marquées « couture »…

 

…et tomba sur des cylindres Edison !

 

Elle a eu la gentillesse de m’en offrir un pour mon cabinet.

 

 

***

 

Comme d’habitude, les écrivains de science-fiction avaient anticipé cette invention avant qu’elle n’existe réellement. L'écrivain Savinien Cyrano de Bergerac l’imagina autour de 1650 dans Histoire comique des États et Empires de la Lune où il décrit des boîtes parlantes que les séléniens utilisent à la place des livres.

 

 

Dans le monde réel, après quelques inventions n’ayant pas rencontré de grand succès, le phonographe Edison fut breveté le 19 décembre 1877. Le cylindre phonographique est donc l'ancêtre du disque. Il est fait d’une matière cireuse, faussement appelée « cire d'abeilles » alors qu’il s’agit de cire de carnauba. La rotation du cylindre est assurée en continu par une manivelle et régulée par un lourd volant.

 




Mon propre cylindre est du format Standard Edison : 55mm de diamètre sur une longueur de 95 mm, 100 spires par pouce (environ 4 spires au mm), offrant une autonomie de deux à trois minutes, selon vitesse de rotation.

 



 

***

 

Bien entendu, j’étais impatient de l’écouter mais, ne disposant pas d’un phonographe, j’étais plutôt embêté. Heureusement, il existe des archives pour ces cas-là et grâce au numéro bien visible sur le cylindre, j’ai pu retrouver en ligne cet enregistrement datant de 1903.

 



J’étais si nerveux en cliquant.

Qu’allais-je entendre ?

 

Un extrait symphonique ?

La déclaration du traité Hay-Bunau-Varilla ?

Une triste complainte oubliée ?

L’annonce de la fondation de l’Union politique et sociale des femmes suffragettes ?

Un épisode de radio-western ?

Un hommage à Paul Gauguin suite à son décès ?

Une pub pour la Ford Model T ?

Un entrefilet sur le Prix Nobel de physique des Curie ?

Des nouvelles de l’Empire Austro-Hongrois ?

 

Et bien non… ce n’est rien d’aussi glorieux.

 

Il s’agit seulement d’un sketch où deux comiques autoproclamés se font des jokes louches en attendant l'heure du lunch… 

...une sorte d'ancêtre des Grandes Gueules, disons...

...le titre est « Waiting for the dinner horn to blow », mettant en « vedette » Byron G. Harlan et Frank C. Stanley.  

 

Si vous voulez l’écouter, c’est ici :

 

http://cylinders.library.ucsb.edu/search.php?queryType=@attr+1=1020&num=1&start=1&query=cylinder2689

   

 

dimanche 31 janvier 2021

Présentoir à mini-coléoptères

Je sais, je n’ai pas blogué depuis longtemps. Et ce n’est pas parce que mon cabinet n’a pas grandi, au contraire !

J’ai juste été occupé : mon prochain roman a avancé à pas de géant !  

 

 

Cela dit, j’offre un billet deux en un, c’est-à-dire DIY et entomologique.

 

Je me demandais depuis longtemps comme mettre en valeur mes plus petits insectes. J’avais des éprouvettes de 5 ml et 15 ml, comme celles-ci, que j’utilisais en guise de dôme minuscule — mais le problème était que, d’une part, on finissait par les perdre dans le décor et que, d’autre part, ce n’était pas spécialement adapté pour les coléoptères qui rendent mieux lorsqu’ils sont placés à la verticale.

 


Ici un bourdon et une mâchoire de souris



J’ai eu un flash en revoyant une image de ce genre, un cliché de la science-fiction.



 

 

Je me suis dit que ça avait du potentiel en guise de présentoir…

 

Je me suis procuré des bobines et des disques de bois d’artisanat, une plaquette ouvragée et quelques cure-dents…



 



 

Et voilà ! Ainsi liés par la même base, mes petits dômes ne s’éparpillent plus et le présentoir attire davantage le regard.

 



 

J’ai choisi de petits coléoptères très colorés et j’ai opté pour un panorama de niches écologiques afin de montrer l’extraordinaire variété qui existe chez nos coléoptères. 




Tous ces spécimens ont été attrapés par mes soins, et permettez-moi de vous en présenter quelques-uns…

 

 

Silphe d’Amérique et Nécrophore décoré





J’ai attrapé ceux-ci au piège à fosse : un pot de verre graissé dans lequel on laisse un bout de lard chauffer au soleil d’été. Les silphes et les nécrophores sont des charognards : par temps chaud, ils peuvent réduire un raton-laveur mort à l’état de squelette en moins de deux semaines.

 

 

Cicindèle à sept points


C’est l’un de mes insectes québécois favoris. Je le trouve magnifique avec sa couleur vert métallique. La cicindèle est un fauve, un prédateur patient, le tigre du peuple des herbes. Elle traque patiemment, bien camouflée, puis bondit vivement sur des insectes plus gros qu’elle et parfois même des musaraignes ou de petites grenouilles.

  

Aphode rougeâtre



Dans la famille des bousiers, il se nourrit de fumier des ruminants. N’allez pas vous imaginer n’importe quoi : je l’ai capturé à la lampe UV.

 

Charançon du bouleau




Un autre beau coléoptère vert, celui-ci sans reflets métalliques. Le charançon du bouleau s’attaque aux arbres du même nom, mais occupe un rôle important en tant que décompositeur de bois mort.

 

Scarabée japonais   

J’en ai déjà parlé, vous le connaissez. Comme dirait un certain homme d’État : « que voulez-vous !? ». C’est une espèce étrangère envahissante, donc il n’y a aucun mal à en capturer des tonnes, ce qui en fait le parfait coléoptère de petite taille pour s’exercer à étaler, positionner et écarter les élytres de ses spécimens. Qui plus est, il est magnifique.





J’ai placé deux variants chromatiques : le rouge, qu’on trouve plus au sud, et le vert qui semble mieux coloniser nos régions froides.




Le scarabée japonais se nourrit du feuillage de différentes plantes.

mercredi 6 janvier 2021

Fut un temps où on fabriquait de belles choses...

Dans Solaris 203, le Futurible débute son carnet « Quand la règle à calcul était reine, ou les calculateurs analogiques d'autrefois » avec cette citation :

 

 

C’est élégant, maniable. L’arme noble d’une époque civilisée.

Obi-Wan Kenobi

 

Bien entendu, je ne peux que répéter cette réplique en commençant ce billet.

 

Je ne m’attarderai pas à parler des règles à calcul en général, ni de leur fonctionnement (pour cela, je vous réfère à l’article du Futurible qui décrit tout cela bien mieux que je pourrais le faire moi-même).





Comme il s’agit d’un blogue consacré à mes curiosités, je vais vous entretenir spécifiquement de ma règle à calcul, une antiquité datant de l’époque où les outils scientifiques étaient fabriqués avec des matériaux nobles.

 

Alors voici :




 

 

Les appareils scientifiques sont les objets parmi les plus faciles à dater pour un cabinetier. Les inventaires de musée, les catalogues et les sites de collections abondent sur le web. En plus du catalogue de la A.W. Faber, deux sites crédibles m’ont spécialement servi :


https://www.sliderulemuseum.com

https://americanhistory.si.ed

 

On découvre ainsi que ma règle à calcul a plus d’un siècle, ayant été fabriquée entre 1898 et 1900. Une première mention nous permet de circonscrire les dates entre 1898 et 1913 :


Between 1898 (Registered Design D.R.G.M. of 98350) and 1913 (the firm was renamed Faber-Castell in 1905, although instruments continued to be marked "A. W. Faber" as late as 1913).


Puis le tableau de datation du Slide Rule Museum indique que la mention « made in Germany » a cessé en 1900.







 

Le site American History nous donne des précisions sur les matériaux qui la composent :

 

overall material : wood (oak)

laminate material : celluloid (ivoirine)

cursor material : glass

part material : metal (silver)

 

The bottom of the base is marked in gold: A. W. FABER. D.R.G.M. 98350

 

 

En français : la structure est en bois de chêne, le plaquage en ivoirine (une résine chargée en poudre d'ivoire et polymérisée), le curseur en verre (avec un léger facteur grossissant), les pièces de métal en argent. La marque et le modèle, A. W. FABER. D.R.G.M. 98350, sont marqués en or.

 

Ce magnifique objet m’a été offert par l’arrière petite-fille d’un navigateur de la marine britannique.   

jeudi 26 novembre 2020

Cher (ère) PineCone...

Ce message s'adresse à la personne qui, depuis trois semaines, laisse des commentaires injurieux sur mon blogue en signant sous le pseudonyme "PineCone". Toutefois, j'invite tous les lecteurs du blogue à le lire, au cas où vous y trouveriez réponses à certaines préoccupations.


Cher (chère ?) PineCone,


Oui, je supprime tes commentaires en modération. Ce n'est pas à cause de tes opinions que tu qualifies de "gaïstes" (je t'invite d'ailleurs à te documenter sur ce courant philosophique, tu risquerais d'être surpris). Je supprime tes commentaires parce qu'ils sont injurieux, mensongers, hérissés de vulgarités.   


Je vais tout de même mettre quelques éléments au clair.


À l'exception des insectes, aucun animal n'a été tué pour mon cabinet. Les squelettes viennent d'animaux morts dans la nature (c'est pour cela qu'ils sont généralement incomplets), d'animaux de ferme tués pour être mangés, d'animaux décédés sur le bord des routes ou d'animaux ayant été euthanasiés par un vétérinaire car trop souffrants --- ce dernier cas est aussi celui des reptiles préservés dans l'alcool. Dans chacun de ces cas, l'animal serait mort que je recueille ou non sa dépouille. Je n'ai commandé (et encore moins procédé à) la mise à mort d'aucun animal dans un but de collection.


Les curiosités issues d'animaux en voie d'extinction (comme l'ivoire, dont tu fais grand cas), proviennent du marché des antiquités. Ces animaux ont été tués il y a souvent plus d'un siècle, alors que l'idéologie était différente. Je condamne tout comme toi le massacre des éléphants et tu as bien raison de t'insurger. Jamais je n'obtiendrais, par le commerce régulier, de l'ivoire autre que celui d'un phacochère d'élevage alimentaire ou de l'ivoire fossile. 


Parlons maintenant des insectes. Pour paraphraser l'entomologiste Yves Dubuc, jamais un collectionneur ne pourra, dans toute sa vie, tuer davantage d'insectes qu'un prometteur immobilier avec un seul de ses projets. Je te signale également que je ne fais pas la vente d'insectes, contrairement à ce que prétendent tes accusations. Les insectes que je capture sont pour mon propre cabinet ou pour procéder à quelques rares échanges (trois spécimens jusqu'ici). Je ne capture pas d'insectes en voie d'extinction et je ne capture pas plus d'un insecte de chaque espèce sauf A) en cas de dimorphisme sexuel ou B) en cas d'espèces étrangères envahissantes où, dans ce cas, je rends service à l'écosystème. Mes insectes sont euthanasiés à la congélation et ne souffrent pas --- d'ailleurs, les insectes ne ressentent pas la douleur, alors ta comparaison avec ce fermier qui noie ses chiots est totalement inadéquate.


Le dossier des minéraux, maintenant. 95% des minéraux que je possède viennent du Canada, des États-Unis ou de l'Union Européenne, où le travail des enfants est illégal (dans l'essentiel, ils viennent du mont St-Hilaire, véritable mine aux trésors où le dixième de tous les minéraux du monde est présent). Les quelques minéraux que je possède provenant du continent africain ne sont pas des minéraux qu'on exploite dans un contexte minier (où parfois, je te l'accorde, des enfants sont enfermés sous terre de longues semaines dans des situations révoltantes). Mes minéraux africains sont des pierres qu'on trouve en ratissant le sol ; la plupart du temps, leur vente apporte un revenu essentiel aux communautés locales.    


Alors voilà. 


Si tu désires débattre sur mon blogue de façon respectueuse, cordiale et rationnelle, tu es le bienvenu. Je t'invite toutefois à signer ton vrai nom : c'est ce qu'on appel avoir le courage de ses convictions. Sinon, plutôt que de te défouler sur mon blogue, je t'invite à consulter les sites d'organismes de défense de la Nature tels que GreenPeace ou PETA pour trouver une façon positive de t'impliquer et diriger ta colère bien justifiée contre les bonnes cibles. Tu obtiendras ainsi des résultats qui feront réellement avancer les choses car je crains que ton discours actuel contribues à répandre un triste préjugé sur les défenseurs de la Nature. 


Garde tes convictions, elles sont nobles. Le monde a bien besoin de chevaliers de l'écologie tels que toi, mais devenir chevalier demande de prendre son rôle au sérieux. Avant de combattre, il te faut connaître ton ennemi et choisir les bonnes cibles. Affûte le glaive de ton argumentation avec des sources fiables et une solide documentation : tu n'en seras que plus efficace quand tu pourfendras les vrais ennemis de notre belle planète.


Très cordialement,


Sébastien

dimanche 22 novembre 2020

Il a traversé des années-lumière pour aboutir dans mon cabinet…

 

Voici une curiosité que j’affectionne particulière : il s’agit d’un éclat de la météorite de Gibeon, en Namibie.

 




Cette parcelle est très petite, mais je crois que la photo permet de discerner les structures de Thomson. Juste au cas, voici un autre exemple de ces structures, cette fois sur une photo prise sur le web.



 


Les structures de Thomson apparaissent quand une recristallisation se produisant dans l'acier au-dessus de 1 000 °C. Ces formes géométriques sont connues pour être une des caractéristiques des météorites de fer.



 

 

Le champ d'éparpillement des fragments de la météorite de Gibeon recouvre une zone elliptique de 275 km de long sur 100 km de large. Les fragments de la météorite sont connus depuis plusieurs siècles par les Namaquas, peuple de pasteurs d'Afrique australe.

 

Des siècles avant l’Age du Fer, les peuples de Namibie utilisaient le fer météoritique, très pur, pour fabriquer des couteaux, des pointes de flèches et de lances et d'autres outils. Ils purent ainsi s’imposer dans leur région grâce à cet armement supérieur. Pragmatiques, ils troquaient  à un prix exorbitant certains objets de fer déjà forgés et ne pouvant servir d’arme, se gardant bien de révéler la provenance de cette matière stupéfiante.  

 

En 1836, le capitaine britannique J. E. Alexander en recueille quelques échantillons et les expédie à Londres. John Herschel les analyse et confirme leur origine météoritique.

 

***

Cela n’est pas sans rappeler « Le Monde du Fleuve » de P.J. Farmer, un classique de la SF. Il est très difficile d’en aborder l’intrigue sans divulgâcher, mais dans ce monde, le métal est totalement absent… jusqu’à ce qu’une météorite ne s’écrase et y apporte le fer, engendrant une réelle révolution.


J’ai également mentionné d’autres moments où le fer météoritique a influencé l’Histoire ici :

https://excentriqueunivers.blogspot.com/2019/10/artificialia-de-lart-de-sentretuer.html

 

***

 

Mais pour en revenir à ma parcelle de météorite à moi… J’éprouve une sensation très spéciale en tenant cet objet dans mes mains. 


Quelque part aux confins de l’espace, il y a des millions d’années, une pierre s’est mise à voyager… qui sait combien de systèmes solaires elle a traversé ? Et pendant combien de temps ? 




Puis, sur les millions de corps en mouvement qu’elle a pu croiser, les Lois de la Physique ont voulu qu’elle aboutisse sur notre petite planète. 



En s’écrasant, elle a modelé le destin des peuples de l’Afrique australe.




C’est fou, non ?

Une pierre se met en mouvement des millénaires auparavant. Le jeu mathématique des forces en a décidé ainsi. Dans cette grande horlogerie céleste, le destin privilégié des peuples antiques de la Namibie s’est écrit avant même que l’être humain n’existe.

Puis voilà que ce petit éclat, sur les dizaines de milliers d'éclats qui se sont éparpillés, a été trouvé, puis a abouti entre mes doigts... 



...mais sa route à travers le temps se poursuivra longtemps après que mes os ne soient réduits en poussières. Je ne suis, pour ainsi dire, que son compagnon de voyage pour la durée d’un battement de cil.

 

C’est un drôle de sentiment. On se sent à la fois insignifiant et tellement privilégié.

 

 

 

 

 

mardi 17 novembre 2020

Au fond, fallait juste y penser…

Essentiellement, j’ai monté mon cabinet avec ce que je trouvais dans la nature, à bas prix dans les brocantes et des cadeaux. Je crois que ce qu’on m’a le plus offert, ce sont les coquillages. Faut dire que la plupart des gens qui voyagent un peu en ramassent, puis les laissent s’empoussiérer. Donc on m’en a donné beaucoup, provenant autant des Antilles ou du Pacifique que du Groenland ou de l’Islande.

 

Mon petit présentoir, fabriqué il y a deux ans, ne suffisait plus…

 




…puis j’ai repensé à ce gros coffre à coutellerie, en noyer, qu’un monsieur m’avait offert en même temps que quelques autres cadeaux, dont un appareil photo antique.

 

Alors voici…  

 








Pour ceux que ça intéresserait, on en trouve régulièrement dans les brocantes et les Villages des Valeurs ; à tout hasard, j’ai tapé « coffre à coutellerie » sur Kijiji et on m’a proposé celui-ci pour 10$...





Hippopus hippopus


Je vais continuer à présenter quelques espèces de coquillages de temps à autre. Je vous montre ici Hippopus hippopus, ou "bénitier pied-de-cheval".





La taille adulte est comprise entre 25 et 40 cm, voire 50 cm. La maturité est atteinte vers 15 cm. Certains bénitiers très âgés peuvent mesurer plus de 2m.


  
C'est une espèce qui vit posée sur le sable (préférentiellement du sable blanc fin et propre), jusqu'à une trentaine de mètres de profondeur maximum, et qui demeure mobile toute sa vie contrairement aux autres bénitiers.




Un hippopus hippopus dans son milieu naturel


On la trouve essentiellement dans l'océan Pacifique ouest et la région indonésienne. C'est un animal filtreur, qui se nourrit en grande partie de la matière organique en suspension dans l'eau 

Elle est souvent collectée pour sa belle coquille ou pour sa chair ; cependant sa croissance très lente rend ce type de pêche peu durable, car les stocks peuvent mettre plusieurs décennies à se régénérer après une unique séance de récolte. L'espèce serait même déjà totalement éteinte dans plusieurs pays du Pacifique.

En Europe, de gigantesques coquilles de ces mollusques furent utilisées comme bénitiers dès la Renaissance, notamment dans les églises les plus riches capables de se procurer des objets venus de si loin (aucune espèce n'est répertoriée dans l'océan Atlantique).


Des coquilles fossilisées (notamment du Pléistocène) réapparaissent à la surface du sol quand on creuse les roches calcaires d'origine corallienne des régions tropicales (par exemple au Kenya). Rares et précieux, ces coquillages ont été travaillés depuis 11 000 ans, sculptés, polis, possédés et échangés, dans une grande partie de l'Asie du Sud-Est. Les chefs mélanésiens appréciaient beaucoup ces objets de prestige, autrement plus durables que les objets sculptés en bois, jusqu'à leur attribuer des pouvoirs spéciaux --- on dit qu'en les utilisant comme bassin divinatoire, on peut y prédire les tempêtes.


Une espèce voisine de mon spécimen


Les bénitiers peuvent fabriquer des perles et les plus énormes viennent de ces espèces, tel que montré (encore une fois !) dans Vingt mille lieues sous les mers.