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samedi 10 décembre 2022

Sphère armillaire

 Aujourd’hui je vous présente une pièce qui attire immanquablement les regards dans mon cabinet : ma sphère armillaire.

 


Je sais, je ne l'ai pas époussetée depuis le déménagement...


C’est aussi une curiosité sur laquelle j’aimerais bien en apprendre davantage, surtout que je soupçonne qu’elle ait appartenu au même propriétaire que mon ancien journal personnel et que l’herbier qu’un antiquaire lévisien a détruit.

 

Mais commençons par parler de la sphère elle-même.

 

Elle fait un peu plus de 2 pieds de haut. Elle est fabriquée dans un bois très lourd, je dirais de l’érable à voir son grain (le chêne a un aspect différent). Ses pièces métalliques sont en laiton et elles sont toutes mobiles. La Terre tourne sur elle-même, la Lune et le Soleil autour d’elle (c’est un modèle géocentrique, ne l’oublions pas !), l’équateur céleste pivote, l’écliptique portant les constellations est mobile, bref : tout bouge !

 



C’est un bel objet, mais je n’ai absolument rien pour le dater. Au moment de l’acheter, on m’a dit qu’il venait « du vieux presbytère ». La scène se déroulait à Lévis, en 2019, à la même époque où j’ai déniché de vieux livres scientifiques chez Écolivres, un cadre portant des papillons québécois chez un antiquaire et un ancien journal personnel. J’avais cherché à retracer l’ancien propriétaire et j’en avais conclu qu’il devait s’agir du curé Bernier de Lévis.

L’essentiel de l’ « enquête » se trouve ici :

https://excentriqueunivers.blogspot.com/2019/11/sur-la-piste-dun-confrere-naturaliste.html  

 

J’ai plusieurs autres objets que j’ai ramassé durant la même période : brocanteurs, antiquaires et magasins de seconde main lévisiens avaient tous obtenus quelques objets lorsqu’on a vidé le presbytère. Je suis sûrement passé à côté de nombreux trésors.

 

Revenons à la sphère armillaire. Comme c’est un objet esthétique, on en trouve souvent vendus comme éléments de décoration ; toutefois, malgré sa représentation désuète du système solaire, la sphère armillaire est, encore aujourd'hui, un outil pédagogique pour expliquer les mouvements du Soleil et de la Lune dans le ciel en fonction des saisons et de la latitude.

 



Peut-être est-ce pour cette raison que le curé Bernier la possédait, si toutefois c’est bien le curé Bernier qui en était propriétaire. Il est également possible que ce ne fut qu’un élément de décoration, un objet élégant qui a charmé son ancien possesseur. Il se peut, finalement, qu’on l’utilisait pour enseigner aux jeunes hommes avant qu’ils ne passent au Grand Séminaire.

 

Ou peut-être n’est-ce qu’un modèle de belle facture moderne, datant de quelques dizaines d’années… il n’y a aucune indication pour le savoir, ni estampe, ni marque de fabricant, ni rien. Et encore là, ça ne voudrait rien dire... on se souviendra que mon télescope "Henry Fitz" n'était qu'une copie...

 

Remarquez, je ne me pose pas la question pour des raisons financières, bien que plusieurs objets de mon cabinet ont été évalués à des fins d’assurances. C'est juste que j'aime connaître l'histoire de mes curiosités.

 

Il s’agit probablement davantage d’un objet décoratif ou destiné à l’usage scolaire que d’un véritable trésor antique. D’après ce que j’ai vu sur le web, ma sphère n’est pas assez précise pour avoir été un modèle considéré de haut calibre.


Je serais toutefois curieux de connaître son âge.

 

Et surtout… j’adore l’effet « Clémentinium » que ça donne à mon bureau…




mercredi 23 novembre 2022

Fiole à bromure

J’ai espéré longtemps trouver un contenant de bromure de potassium. Ce produit occupe une place majeure dans l’intrigue de mon roman Geist ; dans sa nouvelle Le Horla (version longue), le personnage de Maupassant doit se soumettre à ce traitement.



Je ne cacherai pas que j’aime spécialement dénicher des curiosités qui s’accordent avec mes univers imaginaires. Jusqu’ici, j’ai été plutôt chanceux avec Geist et ma fiole à bromure est accompagnée d’une boîte à électrochocs, d’un manuel de phrénologie, d’un recueil ancien des nouvelles de Maupassant et de quelques appareils de mesure électriques datant du début du XXe siècle.


(j'ai aussi, j'y reviendrai, de belles pièces en lien avec Le Crépuscule des Arcanes, mon roman en cours d'écriture Artifex, mes nouvelles longues Accords de principe et Par-delà la Mer et le Ciel -- cette dernière à paraître bientôt). 


Mais revenons à notre fiole à bromure. Une des choses que j’adorais quand je vivais à Lévis était le nombre d’antiquaires et de brocanteurs qu’on y trouvait, ainsi que leur tempérament sympathique. L’un d’eux m’avait envoyé un courriel, me disant qu’il venait d’acheter un vieux cabinet de pharmacie. Le meuble, massif et mal préservé, ne m’intéressait pas, mais j’étais curieux d’en examiner le contenu.   

Il y avait quelques contenants de remèdes que le brocanteur m’a laissé à fort bon prix. Parmi ceux-ci, à ma grande joie, la plus belle pièce était cette fiole à bromure, toujours dans sa boîte (ce qui en fait une pièce convoitée). Elle contenait encore quelques comprimés que j’ai transférés dans un pot de pilules moderne et porté en pharmacie pour élimination.

 



Le bromure de potassium est un sel qui fut largement utilisé comme antispasmodique et sédatif au XIXe siècle. De formule chimique KBr (d’où le terme argotique « kabrer un patient »), il est de couleur blanche ou incolore. On le mélangeait à de l’eau et on le consommait comme une eau gazeuse.

Les propriétés antispasmodiques du bromure de potassium ont été découvertes par Charles Locock en 1857. Ce dernier avait noté que le bromure calmait les tremblements et empêchait de formuler des idées avec acuité. Il cause aussi l’impuissance et, comme on pensait généralement que l'épilepsie était causée par la masturbation, le bromure de potassium semblait tout indiqué.

 



Guy de Maupassant fut l’un des consommateurs de bromure les plus connu. Non seulement y fait-il allusion dans plusieurs de ses textes mais le rapport du docteur Blanche, son aliéniste, en fait largement mention. Étant un Don Juan notoire, Guy de Maupassant avait une activité intime très intense et ne tarda pas à contracter la syphilis. Tant pour limiter la propagation que pour l’aider à contrôler ses ardeurs, Maupassant se fit rapidement prescrire des doses de bromure.

 


Guy de Maupassant


La consommation du bromure de potassium a peut-être eu une influence sur la dernière période littéraire de l’écrivain, qui passe du réalisme au fantastique et développe une fascination morbide pour la démence. En effet, les effets secondaires du bromure de potassium incluent la perte d'appétit, la léthargie, un épuisement permanent, la dépression, la perte de concentration et de la mémoire, la confusion, la paranoïa, les délire, l’agressivité et la psychose.

Pour les curieux, je vous invite à relire la version longue du Horla en gardant ces symptômes en tête et en sachant que ce fut la période où Maupassant consommait les plus fortes doses de bromure. Le héros du récit décrit l'arrivée progressive des symptômes cités ci-haut, presque dans l'ordre. 

 



Un illustration du Horla. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que le personnage a des airs de famille avec Maupassant lui-même...


Mais le bromure de potassium n’est pas seul responsable de la démence dans laquelle l’écrivain séducteur finira ses jours. La cause principale en est probablement la syphilis qui, dans son stade final, génère chez 10% des personnes atteintes des troubles neurologiques importants. S’en suivra une méningoencéphalite qui aboutit à la démence. Des changements extraordinaires dans la sensibilité ou le psychisme au cours de cette phase ont été décrits, mais ils ne sont pas constants. Différentes sortes d'hallucinations et une augmentation de la libido ont été rapportées.


Augmentation de libido que l’on soignait, vous l’aurez deviné, au bromure de potassium.

 

Triste histoire, considérant que de nos jours, il suffit d’une prise d’antibiotiques pour traiter cette maladie.

lundi 21 novembre 2022

Lunettes d'horloger

 

Content de vous revoir !


Alors nous sommes le 21 et sur le programme, ça indique « antiquité, vie courante ». Je n’avais pas vérifié avant de choisir le jour de mon retour et ce ne sont peut-être pas les objets les plus « curieux », aussi ai-je décidé de commencer par une antiquité de la vie courante que j’utilise de plus en plus couramment dans ma propre vie courante.



Ce que vous voyez ci-dessus est une paire de lunettes d’horloger en laiton, datant — m’a assurée l’antiquaire — de 1904. Elles me sont tombées dans l’œil — s’cusez — alors que Sonya et moi revenions du Salon du Livre de Rimouski en 2019. Nous avions avions besoin de nous dégourdir les jambes, ma douce moitié m’a proposé de googler les antiquaires sur mon téléphone et voilà, nous avons pris la sortie suivante. La dame se spécialisait surtout dans les vieux meubles, la vaisselle de porcelaine, cristal ou argent, de même que les vieux chaudrons de cuivre et de fonte noire — votre humble serviteur ne jure d’ailleurs que par ses derniers lorsqu’il cuisine.

 Un coin de la boutique était consacré à ce que la dame appelait « les bibelots », où l’on trouvait notamment de vieux fers à repasser, des vases et quelques anciens outils. Parmi le lot, ces lunettes, vendue pour la modique somme de 20$ (en plus, la dame nous a offert le café, et si on songe au prix qu’on nous vend le précieux liquide en restaurant, j’ai fait une sacrée bonne affaire).

Mais revenons à nos lentilles. Ce sont des lunettes correctrices et, bien que je ne sois pas un spécialiste, il suffit de regarder à travers les verres pour constater qu’elles étaient destinées à corriger une presbytie légère, du genre « lunettes de lecture ». La presbytie, qui nuit à la vision rapprochée, est sans contredit un fléau pour les horlogers vieillissant…   





Bien sûr, la lentille est le détail le plus intéressant. Mon ami Érick, maître-joaillier (et illustrateur, voir en page 65 de Solaris 224) m’a assuré que cette loupe était aussi bonne que celle qu’il utilise lui-même en atelier (soit 5x) et que l’image obtenue est tout aussi limpide. Comme vous pouvez le constater, la lentille se détache et pour rigoler, je l’avais fixée à mes propres lunettes grâce à la pincette. J’ai été étonné de constater l’efficacité de la loupe et, une chose en entrainant une autre, je me suis mis à l’utiliser dans la vie quotidienne.




C’est tellement pratique ! Au début, c’est certain, il y a une gymnastique faciale à maîtriser : fermer l’œil gauche pour travailler en « zoom 5x », fermer l’œil droit pour revenir à la vision normale — et comme je n’ai jamais été très habile pour les clins d’œil, ça me donnait un air grimaçant plutôt loufoque. Mais il suffit d’une ou deux soirées à épingler des insectes pour que le mouvement devienne totalement naturel, et c’est stupéfiant comme le cerveau s’y habitue rapidement.


Depuis, quand j’étale mes spécimens entomologiques, je passe du zoom au normal sans même y réfléchir. Car oui, c’est pour travailler avec les insectes que j’ai utilisé la lentille la première fois : ça permet de garder les deux mains libres plutôt que de tenir une loupe en main — quant à ma loupe sur pied, elle était toujours « dans le chemin ».


Et honnêtement, ça me semble plus pratique que la version moderne, affectionnée par Érick, qu’il faut sans cesse retirer et remettre…



…quoique le style traditionnel existe encore, en version modernisée.



Outre l’entomologie, la lentille m’a bien servie l’été dernier pour retirer une écharde du doigt de ma fille.


C’est sûr que j’ai un drôle d’air en sortant de mon bureau si j’oublie de la retirer — ce qui arrive souvent car, comme je le disais, ça devient vite « naturel » — mais bon, on est excentrique ou on ne l’est pas.

 

vendredi 11 mars 2022

Ouvrez grand !

J’ai toujours eu une certaine fascination pour la chirurgie à l’époque où elle n’était pas pratiquée par des médecins. Pendant longtemps, les médecins étaient des théoriciens réputés alors que les chirurgiens étaient considérés comme des travailleurs manuels de basse extraction. En effet, un médecin n'a pas le droit d'exercer une profession manuelle pour en tirer profit. Pour cette raison, les actes chirurgicaux leur sont aussi interdits.

Ceux-ci sont donc assurés par les barbiers, qui en plus des coupes de cheveux, des bains et des étuves, traitent les plaies, incisent les abcès, pratiquent les saignées… après diagnostic d'un médecin.

 


Soins chirurgicaux selon un manuscrit anglais du XIe siècle : à gauche, patient atteint de goutte aux pieds que l'on incise et cautérise, à droite en haut patient atteint de hernie inguinale, à droite en bas opération des hémorroïdes.

 

Au XIXe siècle, la chirurgie retrouve la noblesse qu'elle avait perdu depuis l'Antiquité grâce à certains chercheurs qui engendreront la « révolution chirurgicale des trois A » :

L'Anesthésie (à partir de 1846) avec Wells et Morton ;

L'Antisepsie (à partir de 1867) avec Lister  ;

L'Aseptie (à partir de 1886) avec Pasteur .

Cette révolution aurait permis aux chirurgiens d'opérer plus largement, sans être limité par la douleur ou les risques infectieux. La réglementation devient plus sévère et des lois, d'abord locale puis nationale, interdisent la pratique de la chirurgie ambulante (pratiquée par un quidam qui était parfois un artisan talentueux dépositaire d'un savoir empirique transmis par un mentor, mais le plus souvent un rebouteux charlatan). Les sept dernières opérations à avoir été autorisées par des guérisseurs ambulants furent le retrait des cataractes, l'arrachage des dents, la saignée, la pose des sangsues, le traitement de la goutte, le retrait des hémorroïdes et l’ablation des amygdales. 

 

C’est d’ailleurs de cette dernière opération, nommée amygdalectomie, dont je vais vous entretenir aujourd’hui, car je viens de mettre la main sur quelques outils chirurgicaux de la fin du XIXe siècle, dont cet Amygdalotome de Fahnestock (modèle le plus "moderne", datant de 1898), joyeusement surnommé la « guillotine à amygdales ».  



L’amygdalectomie est pratiquée depuis l'Antiquité. À l'origine, elle se faisait soit en les arrachant avec les doigts, soit au couteau après ligature du pédicule.

L'amygdalotome dit "à fourchette" apparait au XIXe siècle. Il s'agit d'une lunette de métal devant laquelle passe une lame qui tranche l'amygdale d'un seul coup, d'où son surnom de guillotine.





Cet outil particulièrement inquiétant fonctionnait à la manière d'une véritable guillotine et permettait de retirer les amygdales infectées.




Cet outil fût cependant remplacé au début du XXème siècle à cause du fort taux d'hémorragie lors des opérations et de la nature imprécise de la machine, qui laissait souvent des restes d'amygdales.


Aujourd'hui, on s'est aperçu que les amygdales, organe lymphoïde, ont un rôle important et que les retirer supprime une barrière immunitaire pouvant, notamment, déclencher des bronchites asthmatiformes. D'où le fait que leur ablation est beaucoup plus rare qu'auparavant.

J'ai un joli lot d'outils que je présenterai de temps à autre sur le blog et croyez-moi, la plupart sont aussi terrifiants que celui-ci.

De quoi se réjouir des progrès de la chirurgie ! 



lundi 20 décembre 2021

Rariora musei Besleriani


Abordons aujourd'hui le catalogue de Basilius Besner. 



Tout comme Albertus Seba, Besler était un pharmacien. Il faut comprendre ici que durant la Renaissance et l’époque baroque, pratique de la pharmacologie demandait (à moins d’être un charlatan) de solides connaissances en botanique. Il était essentiel de se procurer des plantes de partout à travers le monde afin de préparer des remèdes et pour cela, il fallait fréquenter les ports, discuter avec les marins, les voyageurs naturalistes et les médecins de bord. C’est ainsi que beaucoup de pharmaciens devinrent cabinetiers.    





Besler dirige la pharmacie Zum Marienbild à Nuremberg de 1589 à 1629. Autant pour faciliter l’approvisionnement en plantes médicale que pour s’adonner à sa passion de l’horticulture, le prince-évêque Jean Conrad de Gemmingen demande à Besler de créer un jardin botanique. Le jardin dessiné par Besler, d’une superficie d’un hectare et comportant huit terrasses, devient rapidement célèbre.


Au niveau plus personnel, Besler se constitue un cabinet de curiosités en achetant des étrangetés aux marins et aux naturalistes qu’il côtoie. Son cabinet n’est pas nécessairement le plus vaste ni le plus impressionnant, mais qui sera vite ouvert au public de Nuremberg, ce qui illustre bien la mouvance des cabinets de curiosités vers ce qui deviendra les musées publics. 


C’est lorsqu’il fait paraître le catalogue des plantes du jardin botanique (Hortus Eystettensis, un ouvrage qui décrit 1 084 espèces végétales agrémenté de 367 gravures à couper le souffle !), qu’il profite de l’occasion pour faire exécuter un catalogue de son cabinet personnel. 




Illustrations du Hortus Eystettensis


Le Rariora musei Besleriani n’est peut-être pas le catalogue le plus abouti au niveau artistique (Hortus Eystettensis est certainement plus impressionnant) mais il reste fort agréable à contempler pour le style très ancien des gravures.





J’aime notamment qu’il intègre des appareils scientifiques. 




Ci-haut, une rare illustration de Jenny Hanniver dans une posture « naturelle ».




Son intérêt pour les fossiles et les commentaires qu’il en fait sont tout aussi intéressants



jeudi 4 novembre 2021

Adopter la bonne optique...

J’ai récemment conclu un échange avec un collectionneur qui me laisse perplexe (l’échange, pas le collectionneur).


Dans un premier temps, les échanges entre collectionneurs et cabinetiers sont toujours un peu délicats : les collectionneurs sont très spécialisés, recherchent la moindre variante de chaque élément et ont un champ plutôt restreint. Les cabinetiers, je l’ai déjà expliqué, ramassent un peu de tout.


Quand on est approché par un collectionneur, il faut se préparer au fait qu’il en sait probablement plus long que nous sur son domaine de spécialité. Il faut donc aborder l’échange dans le bon état d’esprit. Inutile d’essayer de « gagner » ou d’avoir « le meilleur échange » ; il faut généralement un autre collectionneur pour lui tenir tête à ce jeu. La bonne approche pour un cabinetier consiste à se dire « je vais offrir quelque chose qui m’émerveille moins (ou que j’ai en double) en échange de quelque chose qui m’émerveille beaucoup ». Et basta pour la valeur marchande !


C’est dans cette optique (!) que j’ai conduit mon échange avec un collectionneur italien de spécimens naturels (le web est une chose merveilleuse pour ce qui est des rencontres internationales !). Le monsieur possède une collection qui occupe toute sa maison, ce qui inclut plus de 10 000 insectes, 6000 minéraux, 400 crânes et des herbiers s’étalant sur 30 mètres de tablettes.


Le monsieur rachète souvent d’anciens lots, lesquels sont souvent accompagnés de livres et d’appareils scientifiques anciens — ce qui ne l’intéresse aucunement. Revendre ces objets chez des antiquaires (ce qui, là aussi, est un sacré jeu de « qui va gagner ? ») ne l’intéresse pas car il ne désire pas se tenir au courant des prix ; de plus, les lois italiennes l’obligeraient à déclarer ce revenu. 


Il lui est donc plus rentable, pour sa collection, de s’adresser aux cabinetiers. 


Parler à d’autres collectionneurs ne l’amènerait pas à grand-chose : ou bien ils collectionnent la même chose que lui et ne seront pas intéressés par les appareils scientifiques ; ou bien ils collectionnent les appareils scientifiques et n’auront rien à lui offrir en échange.


C’est à ce moment que les rencontres cabinetiers/collectionneurs sont fructueuses. Comme il possède déjà une vaste collection de spécimens européens, asiatiques, africains et sud-américains, il s’est tourné vers l’Australie et l’Amérique du Nord. Je fus le premier à lui proposer un lot à son goût (les lois du Québec sont plus lousses à ce sujet, sauf pour le CITES bien sûr) et c’est ainsi que, pour 28 échantillons de minéraux du Québec, deux fossiles de Ste-Catherine de la Jacques-Cartier, dix-huit insectes québécois, un crâne de pékan, de cerf de virginie et de caribou, divers végétaux secs (trilles rouges et blancs, droséra et sarracénie, notamment) et quelques autres trucs, j’ai pu obtenir ce splendide télescope.



Désolé pour l'arrière-plan, j'ai pas fini mes rénovations...


Je le dis tout de suite : le monsieur n’avait aucune idée de l’authenticité du télescope, ni de son âge et me l’échangeait « tel que vu ». Il a été très honnête là-dessus (considérant qu'il compte sur moi pour enrichir davantage sa collection, il a tout intérêt à l'être !).

 

Je ne sais pas trop quoi penser de cet échange. J’en suis très satisfait, bien sûr : comme je n’ai donné que des spécimens que j’avais en double, alors je n’ai rien perdu… mais est-ce un vrai télescope d’époque ou est-ce une copie ?




Le premier truc à spécifier, c’est qu’il fonctionne. Je ne suis vraiment pas un spécialiste en matière de télescope, mais en me basant sur le télescope que mon frère avait quand il était adolescent, je dirais que l’image est claire jusqu’à environ à 30X... au pif.




Bref, si c’est une copie, c’est une copie qui fonctionne.

Les matériaux sont aussi authentiques. Le bois du trépied est de l’érable, ça j’en suis assez sûr côté poids, texture, absorption de la cire (lors de la restauration) et odeur (lors du micro-ponçage des petits éclats) — je commence à m’y connaître en essences de bois à force de fabriquer des meubles et des armoires.



Le télescope lui-même est en laiton massif, très lourd. Il porte l’inscription « H Fitz New York » : Henry Fitz était l'un des premiers fabricants américains de télescopes importants. D’abord astronome amateur, il a fondé une entreprise prospère d’appareils d’observation, et quarante pour cent de tous les télescopes vendus aux États-Unis de 1840 à 1855 venaient de son entreprise. 



Bon, c’est bien beau tout ça mais encore une fois, est-ce authentique ? Les copies d’antiquités abondent sur le web ; même chez Renaud Bray, vous pouvez acheter des copies de longue-vue en laiton avec imitation du sceau du fabricant d’origine, pour une cinquantaine de dollars… bon, mon télescope est quand même beaucoup plus imposant que ces décorations de bureau, mais quand même… 

J’en saurai sûrement davantage à mon prochain rendez-vous chez monsieur et madame Bolduc…



À suivre !

L’important dans tout cela c’est que, copie ou non, j’adore ma nouvelle acquisition obtenue en échange de mes doublons. Et c’est tout ce qui compte !


lundi 1 février 2021

Cylindre phonographique

La petite histoire de cette curiosité est fascinante puisque, comme c’est souvent le cas, elle avait été oubliée par ses propriétaires qui en ignoraient jusqu’à la fonction.



 

 

L’arrière-arrière-grand-mère d’une amie était l’heureuse propriétaire un phonographe Edison. Cette luxueuse possession lui permettait de faire jouer des enregistrements de son choix quand elle le désirait et autant de fois qu’elle en avait envie : un fabuleux loisir à une époque où la radio diffusait ses programmes en direct, y compris la plupart des programmes musicaux.

 

De l’appareil lui-même, on ne sait ce qu’il advint : la grand-mère de mon amie croit se souvenir l’avoir aperçu dans une malle quand elle était enfant, sans pouvoir en jurer.

 

Les cylindres, eux — car oui, avant les disques il y avait des cylindres de cire — avaient été entreposés dans une cave, puis transférés dans un débarras, puis oubliés. Vers les années 80, ce débarras fut vidé et le père de mon amie, n’ayant jamais vu un tel objet, avait cru découvrir boîtes à bobines de fil. Il avait donc écrit « couture » au crayon feutre sur la boîte et avait poursuivi son ménage.

 

Et récemment, mon amie était en train de coudre sur la Singer familiale (de bonnes machines qui durent éternellement : j’en ai une et ne l’échangerais pour rien au monde) quand soudain elle désira une aiguille à cuir. Elle fouilla les boîtes marquées « couture »…

 

…et tomba sur des cylindres Edison !

 

Elle a eu la gentillesse de m’en offrir un pour mon cabinet.

 

 

***

 

Comme d’habitude, les écrivains de science-fiction avaient anticipé cette invention avant qu’elle n’existe réellement. L'écrivain Savinien Cyrano de Bergerac l’imagina autour de 1650 dans Histoire comique des États et Empires de la Lune où il décrit des boîtes parlantes que les séléniens utilisent à la place des livres.

 

 

Dans le monde réel, après quelques inventions n’ayant pas rencontré de grand succès, le phonographe Edison fut breveté le 19 décembre 1877. Le cylindre phonographique est donc l'ancêtre du disque. Il est fait d’une matière cireuse, faussement appelée « cire d'abeilles » alors qu’il s’agit de cire de carnauba. La rotation du cylindre est assurée en continu par une manivelle et régulée par un lourd volant.

 




Mon propre cylindre est du format Standard Edison : 55mm de diamètre sur une longueur de 95 mm, 100 spires par pouce (environ 4 spires au mm), offrant une autonomie de deux à trois minutes, selon vitesse de rotation.

 



 

***

 

Bien entendu, j’étais impatient de l’écouter mais, ne disposant pas d’un phonographe, j’étais plutôt embêté. Heureusement, il existe des archives pour ces cas-là et grâce au numéro bien visible sur le cylindre, j’ai pu retrouver en ligne cet enregistrement datant de 1903.

 



J’étais si nerveux en cliquant.

Qu’allais-je entendre ?

 

Un extrait symphonique ?

La déclaration du traité Hay-Bunau-Varilla ?

Une triste complainte oubliée ?

L’annonce de la fondation de l’Union politique et sociale des femmes suffragettes ?

Un épisode de radio-western ?

Un hommage à Paul Gauguin suite à son décès ?

Une pub pour la Ford Model T ?

Un entrefilet sur le Prix Nobel de physique des Curie ?

Des nouvelles de l’Empire Austro-Hongrois ?

 

Et bien non… ce n’est rien d’aussi glorieux.

 

Il s’agit seulement d’un sketch où deux comiques autoproclamés se font des jokes louches en attendant l'heure du lunch… 

...une sorte d'ancêtre des Grandes Gueules, disons...

...le titre est « Waiting for the dinner horn to blow », mettant en « vedette » Byron G. Harlan et Frank C. Stanley.  

 

Si vous voulez l’écouter, c’est ici :

 

http://cylinders.library.ucsb.edu/search.php?queryType=@attr+1=1020&num=1&start=1&query=cylinder2689

   

 

mercredi 6 janvier 2021

Fut un temps où on fabriquait de belles choses...

Dans Solaris 203, le Futurible débute son carnet « Quand la règle à calcul était reine, ou les calculateurs analogiques d'autrefois » avec cette citation :

 

 

C’est élégant, maniable. L’arme noble d’une époque civilisée.

Obi-Wan Kenobi

 

Bien entendu, je ne peux que répéter cette réplique en commençant ce billet.

 

Je ne m’attarderai pas à parler des règles à calcul en général, ni de leur fonctionnement (pour cela, je vous réfère à l’article du Futurible qui décrit tout cela bien mieux que je pourrais le faire moi-même).





Comme il s’agit d’un blogue consacré à mes curiosités, je vais vous entretenir spécifiquement de ma règle à calcul, une antiquité datant de l’époque où les outils scientifiques étaient fabriqués avec des matériaux nobles.

 

Alors voici :




 

 

Les appareils scientifiques sont les objets parmi les plus faciles à dater pour un cabinetier. Les inventaires de musée, les catalogues et les sites de collections abondent sur le web. En plus du catalogue de la A.W. Faber, deux sites crédibles m’ont spécialement servi :


https://www.sliderulemuseum.com

https://americanhistory.si.ed

 

On découvre ainsi que ma règle à calcul a plus d’un siècle, ayant été fabriquée entre 1898 et 1900. Une première mention nous permet de circonscrire les dates entre 1898 et 1913 :


Between 1898 (Registered Design D.R.G.M. of 98350) and 1913 (the firm was renamed Faber-Castell in 1905, although instruments continued to be marked "A. W. Faber" as late as 1913).


Puis le tableau de datation du Slide Rule Museum indique que la mention « made in Germany » a cessé en 1900.







 

Le site American History nous donne des précisions sur les matériaux qui la composent :

 

overall material : wood (oak)

laminate material : celluloid (ivoirine)

cursor material : glass

part material : metal (silver)

 

The bottom of the base is marked in gold: A. W. FABER. D.R.G.M. 98350

 

 

En français : la structure est en bois de chêne, le plaquage en ivoirine (une résine chargée en poudre d'ivoire et polymérisée), le curseur en verre (avec un léger facteur grossissant), les pièces de métal en argent. La marque et le modèle, A. W. FABER. D.R.G.M. 98350, sont marqués en or.

 

Ce magnifique objet m’a été offert par l’arrière petite-fille d’un navigateur de la marine britannique.   

vendredi 10 juillet 2020

Artificialia, mirabilia (2) : quelques grands scientifiques

Je poursuis ma présentation d'oeuvres d'arts qui, selon moi, s'accordent avec l'ambiance d'un cabinet de curiosités.

Ici, il y a peu à dire (cabinetièrement parlant) considérant qu'il s'agit de portraits. La sélection de scientifiques montrés ci-dessous est autant basée sur leur importance au niveau des sciences que le talent du peintre. J'ai choisi des tableaux dont les teintes et l'école se marient bien avec les vanités du précédent billet ; l'absence d'un scientifique n'est absolument pas un jugement de valeur mais davantage une préoccupation esthétique sur l'oeuvre.

Donc, commençons avec quelques astronomes...



Galilée


Galilée, encore, mais ce tableau aussi me plait...


Kepler


L'astronome et le géographe de Vermeer, dont on ne parvient pas à identifier les sujets avec certitude 


Copernic



Passons ensuite aux chimistes...



Hennig Brandt découvrant le phosphore blanc... 



Roger Bacon




William Henry Perkin (davantage pour l'esthétique du tableau que sa découverte de la teinture mauve)



 Voici maintenant les sciences de la vie...



Une étude du canular de l'Homme de Piltdown



C.W. Pearl devant son musée


C.W. Pearl et l’exhumation d'un mastodonte fossilisé 


Sir Joseph Banks


Cuvier


Darwin (jeune, car j'ai une préférence pour l'aventurier du Beagle)



Pasteur