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vendredi 15 avril 2022

Trésors perdus…

On se souviendra que je cherche à reconstituer ma « bibliothèque scientifique » de gamin pour en faire profiter mes enfants. 

Je suis presque parvenu à reconstituer entièrement la collection « Les Yeux de la Découverte », chez Gallimard. C’était essentiellement ma mamie qui me les offrait, à coup de deux ou trois par anniversaire et Noël… 



https://excentriqueunivers.blogspot.com/2020/05/un-tresor-documentaire.html


On les a expédiés le Diable sait où, sous prétexte de faire du ménage — un grand drame de ma jeunesse. J’ai passé des années à reconstituer la collection. 


Mais c’était la partie la plus facile… j’essaie de reconstituer d’autres collections, moins connues, et qui ne sont plus en vente de nos jours. Je sais qu’en écumant eBay, je pourrais reconstituer la série, mais  les frais d’expédition sont très élevés.  


D’abord les Questions/Réponses des 6/9 ans, chez Nathan. La plupart m’ont été offert par ma tante Lise et mon oncle Michel.



Il y avait beaucoup d'autres titres que ceux-ci dans la série 


Puis la petite encyclopédie de la Nature de chez Usborne, qui m’avait été donnée d’un seul coup par mon parrain.




Il y avait beaucoup d'autres titres, ici aussi...


Je sais que plusieurs informations sont désuètes mais au niveau de la limpidité ou de l'approche didactique, il s'agit de petits bijoux. Je suis prêt à donner un très bon prix pour quiconque pourrait me vendre une partie ou la totalité de ces collections.


Contactez-moi via les commentaires si vous avez des exemplaires à vendre...


dimanche 13 février 2022

Le triptyque des orbes est complété !

J’en ai déjà fait mention, l’un des incontournables des cabinets antiques était le « triptyques des orbes » qui était constitué de trois objets forts mystérieux pour l'époque : le fruit de bois (noix de coco), les hanaps de sirènes (coquilles de nautile) et les oeufs de Rokh (oeufs d'Aepyornis fossilisés).


Le premier fut le plus facile à obtenir : je suis passé à l’épicerie, puis j’ai trouvé un tutoriel qui explique comment séparer la noix de coco en deux moitiés égales, retirer la chair et remonter le tout.


Pour la coquille de nautile, ce fut beaucoup plus difficile, d’autant que l’animal est protégé par des lois internationales. J’ai obtenu le mien par un échange avec un autre collectionneur.


Pour l’œuf d'Aepyornis fossilisé, ça s’est avéré au-dessus de mes moyens. Toutefois, en examinant d’anciens cabinets via des visites virtuelles ou dans certaines expositions muséales, j’ai découvert que l’œuf d’autruche et l’œuf d'Aepyornis étaient indifféremment exposés. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a des éleveurs d’autruche un peu partout au Québec.



Ci-dessus, quelques-uns des œufs de mon cabinet. Du plus gros au plus petit : œuf d’autruche, œuf d’émeu, œuf de héron et œuf de caille. Pour vous servir d'échelle, l'oeuf de héron (légèrement bleuté) est de la même taille qu'un oeuf de poule.


L’œuf d’autruche

Avec une masse comprise entre 1,2 et 1,8 kg, l’œuf d’autruche est le plus gros œuf d’animal vivant et donc la plus grande cellule du règne animal. Parfaitement comestible, il peut à lui seul fournir une sacrée omelette…



Il n’y a qu’un seul œuf d’autruche dans cette poêle


Pour le cuire à la coque, il faut le faire bouillir entre trois quart d’heure et une heure. Si vous souhaitez cuisiner un œuf d'autruche, il est important de savoir que cet œuf représente en moyenne 25 œufs de poule. 


La coquille est tellement épaisse que les autruchons prennent plusieurs jours à la transpercer ; si solide que les gourmets doivent l'affronter à la scie à métaux ou au marteau et au burin. Cette épaisseur permet ainsi d’en faire des objets utilitaires ou décoratifs. 


De tout temps, on a utilisé l’œuf d’autruche pour faire des gourdes.



Il fut souvent peint.




Mais je le préfère sculpté.




Durant l’époque victorienne, on en faisait des coffres à bijoux ou des urnes.




En Asie, on en a fait des urnes funéraires.




L’œuf d'Aepyornis


Bien sûr, l’œuf d'Aepyornis est encore plus impressionnant, mais de nos jours, seuls les musées et les riches collections privées en possèdent.








Spécimen numéro 1, oeuf d'Aepyornis ; 

numéro 2, oeuf de moa (autre oiseau coureur disparu) ; 

numéro 3, oeuf d'autruche.


L’Aepyornis ou Oiseau-éléphant était un oiseau géant de la même famille que les autruches Il vivait exclusivement à Madagascar. Il mesurait environ 3,5m de haut.




On hésite à fixer sa date de disparition officielle, mais il est certain qu’il vivait encore au Moyen-Âge (des tests au carbone 14 le font remonter jusqu’à l’an 1100 après J-C). Certains témoignages affirment qu’il a subsisté jusque dans les années 1800, mais aucune preuve satisfaisante n’a été apportée jusqu’à présent.



Deux hypothèses (qui ne s’excluent pas entre elles) sont avancées pour expliquer la disparition de l’Aepyornis. Des archéologues ont récemment trouvé des restes de coquilles d'œufs parmi d'anciens foyers humains, suggérant que les œufs fournissaient régulièrement des repas pour des familles entières. L’humain aurait-il savouré ce repas facile et nutritif jusqu’à nuire à la reproduction de l’espèce ?

Une autre hypothèse soutient que la disparition totale d'æpyornis sur un laps de temps très court pourrait être la conséquence des maladies transmises par les volailles élevées par les humains. 

Reste que pendant longtemps, on a cru que les œufs fossilisés de l’Aepyornis étaient des œufs de Rokh, l’aigle géant légendaire des contes des Mille et Une Nuits.




Des ratites et des Hommes…

Un nombre appréciable de nouvelles de H.G. Wells ont pour cadre les cabinets de curiosités, les bazars, les brocantes et les halls de collectionneurs. Éventuellement, compte les regrouper en un recueil et les mettre ici à télécharger (certaines sont devenues très difficiles à trouver en français).

Wells a consacré une nouvelle à chaque oiseau discuté dans ce billet, soit Une affaire d'autruches, ainsi que L'Île de l'Æpyornis






 


mercredi 24 novembre 2021

Locupletissimi rerum naturalium thesauri



J’ai déjà mentionné, il y a quelques semaines, que je commençais le catalogue de mon cabinet en photoshopant des pages d'anciens bouquins d'histoire naturelle. Voici d’ailleurs une de mes planches, consacrée à certains papillons du Québec que je possède :




J’avais également dit que je consacrerais quelques billets aux différents catalogues de cabinets. Dans celui-ci, je vais aborder le Locupletissimi rerum naturalium thesauri.




Il s’agit du catalogue du zoologiste et pharmacien hollandais Albertus Seba (1665- 1736), célèbre pour son cabinet de curiosités.




Installé à Amsterdam, où son métier de pharmacien lui procure une grande fortune, Albertus Seba consacre vite ses revenus à l'histoire naturelle. On raconte que c’est le port d’Amsterdam, où il aimait faire des promenades, qui serait à l’origine de sa passion. En effet, le pharmacien s’émerveille autant de ce que les marins ramènent de leurs voyages (coquillages, animaux exotiques, plantes séchées, artefacts) que des poissons que remontent les pêcheurs locaux. Il se met vite à acquérir tout ce qui lui semble inusité.  





Le port d’Amsterdam, alors une plaque tournante du commerce international, lui permet d'obtenir facilement des spécimens en provenance du nouveau monde et de contrées lointaines. Il vend sa première collection au tsar Pierre Ier le Grand en 1717 et celle-ci sera la pierre fondatrice du futur muséum de Saint-Pétersbourg. 



Seba se rend vite compte qu’il regrette sa collection et décide d’en recommencer une autre dans les mois qui suivent. En 1731, il fait réaliser une illustration de chaque spécimen de sa collection pour publier le catalogue de son cabinet, le Locupletissimi Rerum Naturalium Thesauri. Ce catalogue est constitué de 446 planches de grande taille, 175 sont des doubles pages, le tout divisé en quatre parties. Les animaux sont figurés dans des poses artistiques et les coquillages forment des motifs décoratifs. 




On note la présence de théories animalières aujourd’hui tombées en désuétude et de canulars. Ici, une hydre réalisée d’après un spécimen empaillé qu’il avait acheté à fort prix, possiblement constitué d’un corps de varan auquel on avait greffé plusieurs serpents.




Ici, une étude tératologique sur les "monstres" de la nature, ou plutôt des malformations.



Et ici, l’explication d’une théorie voulant que les têtards deviennent grenouilles avant que celles-ci ne deviennent des poissons.




Le format du Locupletissimi rerum naturalium thesauri est énorme, faisant 51 cm de haut et chaque volume pesant plus de 20 lbs. Du fait de la grande dimension des planches, les animaux sont souvent figurés à leur taille réelle.



Pour ceux que ça intéresserait, une copie de l’édition originale est en vente pour 150 000 $ ici :


https://aradergalleries.com/products/albertus-seba-1665-1736-locupletissimi-rerum-naturalium-thesauri-accurata-descriptio-et-iconibus-artificiosissimis-expressio-per-universam-physices-historiam


Il est aussi possible d’en acheter une copie en haute qualité chez Mullen pour 800$ CAN :


https://www.mullenbooks.com/pages/books/136379/albertus-seba/albertus-seba-cabinet-of-natural-curiosities-locupletissimi-rerum-naturalium-thesauri-1734


Ou vous pouvez le consulter gratuitement en ligne ici :


https://archive.org/details/Locupletissimir2Seba



MISE À JOUR

Messire Tessier me signale que Taschen offre (à un prix décidément plus abordable, 80 $US), une copie du  Locupletissimi rerum naturalium thesauri :

https://www.taschen.com/pages/fr/catalogue/classics/all/44835/facts.seba_le_cabinet_des_curiosites_naturelles.htm 


vendredi 19 novembre 2021

Des confidences par-delà l’espace et le temps

J’ai eu quelques lecteurs qui m’ont parlé de la malle où j’avais trouvé le billet de 1000 couronnes austro-hongroises. Certains voulaient savoir si j’avais eu le temps de retirer le papier peint ; la réponse est non, et je vous promets de vous tenir au courant.

Mais beaucoup étaient également intéressés par l’histoire de la malle, les indices que je pouvais en tirer. On m’a questionné à savoir si des « histoires cachées » peuvent souvent être mises à jour.

Je ne dirais pas « souvent », mais ça arrive moins rarement que je l’aurais cru. Des annotations derrière de vieux ferrotypes ; les notes prises dans un journal qui révèlent un naturaliste inconnus (j’en ai déjà parlé) ; quelques conjugaisons difficiles griffonnées dans le fond d’un coffre à crayon en bois, peut-être afin de tricher à un examen ; une mèche de cheveux nouée avec un ruban dans un vieux coffre à bijoux.

Tant d’histoires dont je ne connaitrai jamais les détails. Des bribes du passé, dont la signification est oubliée pour toujours, qui aboutissent dans mon cabinet pour me murmurer leur existence.

Ça me rend tout humble, ça me fait sentir privilégié et c’est précieux à mes yeux. 

Dans ce billet je vais partager avec vous « l’histoire cachée » qui m’a le plus bouleversé, à un point que je ne sais pas encore comment agir face à celle-ci. 


J’adore les livres scientifiques anciens, leur apparence de grimoire, leurs théories vétustes expliquées comme des découvertes récentes et prometteuses. J’ai acheté ce vieux bouquin de sciences pour 50 cents chez un bouquiniste. 



Le bouquin était abondamment annoté. C’est une chose que j’adore. Avec une loupe, je relis chaque phrase, chaque note, j’essaie de me figurer être en train d’étudier avec son précédent possesseur.





C’est plaisant et parfois on y lit quelques petits trésors. Je digresse une peu : dans un autre bouquin, on peut lire dans une marge « appartement de Louiselle, 1199 Dor.Est » avec un petit cœur gribouillé en-dessous. Le monsieur avait aussi inscrit son propre nom et la date d’achat sur la page-titre et grâce à cela, j’ai pu découvrir qu’il était décédé en 1997, laissant dans le deuil « son épouse Louiselle, leur sept enfants et dix-huit petits-enfants ».

C’est attendrissant, non ?


Mais ces histoires-là ne finissent pas toujours bien, et celle que renferme le livre de sciences est une véritable tragédie.


Au premier tiers du bouquin, on trouve cette photo, découpée d’un journal.


On peut d’ailleurs constater, au jaunissement du papier, qu’elle y est resté longtemps.



Le texte en-dessous m’a ébranlé… « est au nombre des disparus ».

« Au nombre de » !?


Ce fut facile de retrouver le journal entier. On peut voir un bout de la date (…vier 1938, donc « Janvier »). De l’autre côté, une partie de l’entête du journal.



J’ai assez fouillé les archives dans ma carrière d’auteur pour reconnaître l’entête de « La Patrie ». Et c’est ainsi qu’en observant les exemplaires des archives en ligne, j’en suis arrivé à découvrir le terrible incendie du Collège Sacré-Cœur de Saint-Hyacinthe.





                J'encadre en jaune, (vous l'aurez compris), la section occupée par la photo du bouquin. 

C’était un collège où les élèves recevaient une instruction poussée en mathématiques, physique et chimie, pour être aptes à parfaire leur instruction dans des sphères plus élevées. Au début des années 1930, le collège mettait à l’emphase l’enseignement de la langue anglaise : les mathématiques et la géographie, entre autres, y étaient enseignées en cette langue. 



Un soir de janvier 1938, un incendie s’est déclaré. Aux cris des élèves rassemblés sur le toit et criant au secours, se mêlaient les plaintes de ceux qui s’étaient jetés des étages supérieurs et qui gisaient déjà dans la neige souffrant d’horribles brûlures et de multiples fractures. 

Une cinquantaine de personnes ont péri.



Dans le bouquin, sur la page suivante, on ne voit plus d’annotations studieuses. On commence à lire des poèmes.


En fait, le moindre espace blanc est occupé par un poème, ou un  brouillon de poème.



Celui-ci s’intitule « The morning lark » ; c’est un texte de James Thomson. On peut lire des poèmes de nombreux auteurs, mais d’autres qui me semblent des compositions personnelles : d’une part parce qu’on ne trouve rien sur Internet en les recopiant, d’autre part parce qu’on peut y voir le processus créatif à l’œuvre : des ratures, des changements de synonymes, des chiffres au-dessus des phrases pour compter les pieds des vers.

L’un des poèmes est totalement illisible parce que l’encre a coulé sous de multiples gouttes d’eau — j’ai tendance à croire que ce sont des larmes.


Car le propriétaire du bouquin et le jeune garçon sur la photo vivaient une idylle secrète : à ce sujet, les poèmes sont très clairs.  Par pudeur, par respect, ils ne seront pas reproduits sur ce blogue. Je reviendrai sur mes raisons plus bas.


Ce sont de très beaux poèmes, presque tous des sonnets en alexandrins, avec rimes riches à la fin du vers et rimes secondaires à l’hémistiche. La moitié d’eux parlent des beautés de la nature, de l’âme qui s’émeut face aux merveilles du monde ; les autres évoquent le deuil, de mort, d’amour perdu, de souffrance. 

La plupart mettent l’accent sur la souffrance de vivre un deuil en secret, sans épaule où pleurer, sans oreilles à se confier. 


Comme il a dû souffrir. C’est inhumain. J’essaie d’imaginer comment je me sentirais si ma belle Sonya mourrait de manière atroce et que je n’aurais pas le droit d’en parler à qui que ce soit jusqu’à ce que le temps panse mes plaies… 


Ça m’a bouleversé. 


À notre époque, l’homosexualité n’est plus taboue. Cachés dans un bouquin pendant presque un siècle, les poèmes de ce jeune homme sont restés secrets jusqu’à ce qu’ils puissent trouver un lecteur qui n’aurait aucun préjugé à ce sujet. J’ai lu ces poèmes, j’ai compatis à son chagrin, j’ai souffert en découvrant son histoire tragique. J’aurais voulu le prendre dans mes bras, lui offrir mon épaule pour qu’il puisse y pleurer. 

Je me souviens d’une nouvelle (le titre m’échappe), publiée dans un Territoires de l’Inquiétude, où un étudiant achète un vieux secrétaire et parvient à envoyer des lettres à un siècle dans le passé pour réconforter une demoiselle de l’âge victorien qui subira un mariage arrangé.

Parfois, on se prend à rêver que ce soit possible.

Même si ça entre en contradiction avec mon esprit scientifique, j’ai envie d’espérer qu’à travers le temps et l’espace, il a perçu un peu de réconfort provenant de ce cabinetier qui, dans le futur, avait l’état d’esprit pour être le confident dont il aurait eu besoin.


Mais passons…


Car cet étudiant-là aussi avait inscrit son nom dans son manuel. Son nom et son adresse. Connaissant ces deux éléments, ainsi que le nom du Collège où il étudiait et en quelle année, j’ai pu retrouver sa photo sur un tableau de finissants. J’ai pu mettre un visage sur ce jeune homme.  

J’ai aussi pu savoir qu’il a travaillé à La Pocatière avant de devenir professeur dans une université prestigieuse. 

Il s’est éteint en 2007, laissant dans le deuil une épouse, des enfants et des petits-enfants. Alors voilà la raison pour laquelle je ne le nomme pas, pour laquelle je ne recopie pas les poèmes. J’ignore ce que sa famille en penserait. J’ignore comment elle réagirait. J'ignore comment LUI aurait réagi.


Adolescent, j’avais un journal intime ; si quelqu’un le retrouvait et le rendait public, je ne serais vraiment pas à l’aise avec cela.


Peut-être pourrais-je contacter les descendants (la notice nécrologique me les nomme tous) et leur demander ce qu’ils en pensent ? Les poèmes sont magnifiques, de très bon calibre, et il y aurait de quoi en faire un recueil… devrait-on ? 


Je ne sais pas trop quoi faire avec ces révélations que je suis allé moi-même extirper du passé. Mais vous comprendrez que désormais, ce vieux bouquin de sciences occupe une place privilégiée dans mon cabinet.


J’ai quelques autres objets, comme ça… peut-être en parlerai-je un jour.





lundi 18 octobre 2021

Quelques lectures de cabinetier

Cette fois, plutôt que des fictions ou des documentaires, je propose des œuvres consacrées à l’émerveillement face à la nature qui nous entoure. Comme ce sont deux ouvrages libres de droits, je vous donne même des liens pour le téléchargement.


Histoires Naturelles 

Jules  Renard


Un auteur français trop méconnu qui dispose d’une plume à la fois précise, poétique et parfois grinçante. On lui doit des portraits réalistes des mœurs paysannes, mais c’est pour ses histoires naturelles qu’il fait partie de mes auteurs coup de cœur. 



Je l’ai découvert totalement par hasard — en fait, mon frère Maxime l’a découvert. Il y avait une foire aux livres à l’Université avec une grande table des romans « Classiques Français » chez Maxi-Poches, tous à 1$. J’y avais ramassé « Sans Famille » d’Hector Malot, quelques Hugo, des recueils de Verlaine et Baudelaire…  mon frère avait ramassé « Histoires Naturelles » totalement par hasard et y avait pigé quelques pages. Voici précisément les extraits qu’il m’avait lu à haute voix.


Le ver luisant 

Que se passe-t-il ? Neuf heures du soir et il y a encore de la lumière chez lui.

Le hanneton

Un bourgeon tardif s’ouvre et s’envole du marronnier. Plus lourd que l’air, à peine dirigeable, têtu et ronchonnant, il arrive tout de même au but, avec ses ailes en chocolat.

L’écureuil

Leste allumeur de l’automne, il passe et repasse sous les feuilles la petite torche de sa queue. 


Il n’en fallait pas davantage pour nous convaincre — d’ailleurs toute l’œuvre est de cette même eau. Ce sont de petits instantanés sur la faune et la flore ou de courtes scènes, moitié poésie, moitié descriptif, 100% émerveillement.


Un bon lecteur de 4e année primaire n’aura aucune difficulté avec le texte, bien qu’il soit agréable à lire peu importe l’âge qu’on a.


Pour télécharger, on copie-colle cet URL.


https://www.ebooksgratuits.com/newsendbook.php?id=550&format=pdf




Souvenirs entomologiques

Jean-Henri Fabre


Alors ici, c’est plus costaud : une série en dix volumes, mais divisée en chapitres qu’on peut lire dans n’importe quel ordre, laissant passer des jours ou des années entre chaque lecture, bien qu’il soit difficile de déposer le bouquin une fois qu’on y est plongé.

C’est le prof d’écologie/biologie au secondaire qui m’avait proposé ce livre — enfin, « proposer » c’est vite dit, parce que j’étais si dérangeant en classe que le seul moyen de me la fermer était de me laisser lire, alors le pauvre monsieur Langevin avait sorti le plus gros bouquin de l’armoire vitrée et l’avait jeté plus qu’il ne l’avait déposé sur mon bureau. Au fil de mes cinq années de secondaire, j’ai grappillé de-ci, de-là, une trentaine de chapitres à travers les dix volumes (surtout quand les cours de bio n’avaient ni nouvelle matière, ni séance de laboratoire). 



Jean-Henri Fabre est non seulement un grand entomologiste, mais aussi un magnifique vulgarisateur, au meilleur sens du terme. Avec lui, l'homme ne s'efface pas devant le scientifique, il est toujours présent. Il nous entraîne, tout au long des 10 volumes de ses souvenirs, dans la passionnante découverte du monde inconnu des insectes. 


Vous pouvez imaginez le monsieur comme un grand oncle qui vous raconte ses histoires de pêches, à ceci près qu'il va à la pêche aux insectes ; ou comme un prof sympathique qui vous narre ses expériences de jeunesse en faisant rigoler toute la classe. Il y a quelque chose de tellement chaleureux, tellement candide --- et en même temps, tellement fascinant et tellement intelligent --- dans l'écriture de Fabre qu'on s'imagine très facilement lui payer une bière en échange qu'il daigne bien passer la soirée à conter ses aventures.  


C’est en se basant sa manière de narrer, pleine d’analogies et de poésie, que les premiers documentaires « grands publics » furent conçus (comme ceux qu’on trouve de nos jours à Découvertes ou The Nature of Things). Je trouve aussi que l'écriture de monsieur Futurible --- l'un des dignes lecteurs de ce blogue --- ressemble beaucoup à celle de Fabre, bien que plus contemporaine dans le style.


Car la narration de Fabre a de l’âge et peut sembler lourde au premier contact ; néanmoins, une fois qu’on est familiarisé avec le style, ça devient passionnant. Et que dire de sa démarche scientifique si limpide, si intelligente... on dirait parfois un polar scientifique, où les meurtriers et les voleurs sont des insectes tuant des proies et dérobant du crottin !


Voici un extrait, pour présenter le type de narration, où Fabre nous raconte ses (més)aventures alors qu'il tente en vain d'élever des bousiers en captivité (ces scarabées qui se nourrissent de bouses et roulent leur repas en grosse boules.  


    "Jamais expérience entomologique ne me valut autant de déboires. Le difficile était le renouvellement des vivres. Mon propriétaire avait écurie et cheval. Je gagnai la confiance du domestique, qui rit d'abord de mes projets, puis se laissa convaincre par la petite pièce blanche. Chaque déjeuner de mes bêtes me coûtait vingt-cinq centimes. 

    Budget de bousier n'avait jamais sans doute atteint un pareil chiffre ! 

    Un jour le maître survient au moment de l'opération ; il s'imagine que tout son fumier déménage et que je détourne au profit de mes narcisses ce qu'il réserve pour ses choux. Vainement j'essaie d'expliquer la chose : mes raisons paraissent plaisanteries. Joseph est houspillé, traité de ceci, traité de cela, et menacé d'être congédié s'il recommence. On se le tint pour dit.

    Il me restait la ressource d'aller sur la grande route cueillir honteusement, à la dérobée, dans un cornet de papier, le pain quotidien de mes élèves. Je l'ai fait et je n'en rougis pas. Quelquefois le sort me favorisait : un âne déposait son offrande en passant devant ma porte. Telle aubaine, aussitôt recueillie, m'enrichissait pour quelques jours. 

    Bref, rusant, guettant, courant, faisant de la diplomatie pour une bouse, je parvins à nourrir mes captifs. Si le succès est attaché aux entreprises avec amour que rien ne rebute, mon expérience devait réussir ; elle ne réussit pas. Au bout de quelques temps, mes scarabées consumés de nostalgie dans un espace qui ne leur permettait pas les grandes évolutions, se laissèrent misérablement mourir sans me livrer leur secret". 



C'est l'artiste Akira Toriyama, créateur du célèbre manga Dragon Ball et non moins célèbre jeu Chrono Trigger, qui a illustré l'édition japonaise des Souvenirs Entomologiques.


Pour télécharger, on copie-colle cet URL.

https://www.ebooksgratuits.com/newsendbook.php?id=929&format=pdf

vous trouverez les autres tomes ici :

https://www.ebooksgratuits.com





mercredi 6 janvier 2021

Fut un temps où on fabriquait de belles choses...

Dans Solaris 203, le Futurible débute son carnet « Quand la règle à calcul était reine, ou les calculateurs analogiques d'autrefois » avec cette citation :

 

 

C’est élégant, maniable. L’arme noble d’une époque civilisée.

Obi-Wan Kenobi

 

Bien entendu, je ne peux que répéter cette réplique en commençant ce billet.

 

Je ne m’attarderai pas à parler des règles à calcul en général, ni de leur fonctionnement (pour cela, je vous réfère à l’article du Futurible qui décrit tout cela bien mieux que je pourrais le faire moi-même).





Comme il s’agit d’un blogue consacré à mes curiosités, je vais vous entretenir spécifiquement de ma règle à calcul, une antiquité datant de l’époque où les outils scientifiques étaient fabriqués avec des matériaux nobles.

 

Alors voici :




 

 

Les appareils scientifiques sont les objets parmi les plus faciles à dater pour un cabinetier. Les inventaires de musée, les catalogues et les sites de collections abondent sur le web. En plus du catalogue de la A.W. Faber, deux sites crédibles m’ont spécialement servi :


https://www.sliderulemuseum.com

https://americanhistory.si.ed

 

On découvre ainsi que ma règle à calcul a plus d’un siècle, ayant été fabriquée entre 1898 et 1900. Une première mention nous permet de circonscrire les dates entre 1898 et 1913 :


Between 1898 (Registered Design D.R.G.M. of 98350) and 1913 (the firm was renamed Faber-Castell in 1905, although instruments continued to be marked "A. W. Faber" as late as 1913).


Puis le tableau de datation du Slide Rule Museum indique que la mention « made in Germany » a cessé en 1900.







 

Le site American History nous donne des précisions sur les matériaux qui la composent :

 

overall material : wood (oak)

laminate material : celluloid (ivoirine)

cursor material : glass

part material : metal (silver)

 

The bottom of the base is marked in gold: A. W. FABER. D.R.G.M. 98350

 

 

En français : la structure est en bois de chêne, le plaquage en ivoirine (une résine chargée en poudre d'ivoire et polymérisée), le curseur en verre (avec un léger facteur grossissant), les pièces de métal en argent. La marque et le modèle, A. W. FABER. D.R.G.M. 98350, sont marqués en or.

 

Ce magnifique objet m’a été offert par l’arrière petite-fille d’un navigateur de la marine britannique.