mardi 7 septembre 2021

Curieuse expédition : la vente au Monastère des Ursulines

 

Le blogue reprend ses activités en force avec un petit résumé sur la vente des objets antiques du monastère des Ursulines, à Trois-Rivières.



 


En premier lieu — parce que c’est un sujet qui me tient à cœur — je dois souligner que la Ville de Trois-Rivières, qui a fait l’acquisition du monastère, prévoit le préserver et lui  vouer un rôle culturel. Une excellente nouvelle pour ce bâtiment plusieurs fois centenaire, considérant que nombreux sont les bâtiments patrimoniaux moins chanceux… tout agnostique sois-je, les bâtiments religieux comme les églises, les couvents et autres sont des témoignages de notre histoire et des merveilles architecturales dont nous devons être fiers.

 

Cela dit…

 

La pile de mon cell était morte alors je n’ai pas pu prendre de photos de la vente elle-même (de toute façon, si ça vous intéresse, les photographes des journaux locaux en ont publié sur le web).  La vente était extraordinaire, les prix ridiculement bas et les objets forts intéressants, du moins pour le cabinetier que je suis.

 

Meubles

J’en ai acheté plusieurs…


Notamment ce petit tabouret en érable à 10$ pour la chambre de ma fille


…mais comme ceci n’est pas un blogue de décoration,  je vais me limiter à la trouvaille qui trônera dans ma chambre aux merveilles.

 

Cette extraordinaire armoire à porte vitrée date de 1867 (l’artisan a daté son œuvre au dos, mais je n’arrive pas à prendre une photo claire — pour lire les chiffres, j’ai dû faire un frottis sur du papier).




 Regardez-moi ces ornements… ce n’est pas une forme collée, c’est directement sculpté dans le bois… on peut même voir les coups de ciseau de l’artisan. Un 50$ bien investi…

 


 

Il semble que le meuble ait servi, dans ses dernières années, à abriter une statue pieuse. Ce n’est toutefois pas à cet usage qu’il était destiné, comme j’ai pu le découvrir en dénichant des tablettes amovibles qu’on avait rangées sous sa base.


J’ai décidé d’y ranger tout mon matériel médical. Avouez que ça a fière allure !

 






Livres

Deux bouquins ont retenu mon attention, dont ce dictionnaire Webster's de 1937. D’habitude, je ne ramasse que les livres centenaires, mais j’ai été séduit par son cachet et je me suis dit que si la vie était clémente avec moi, je serai encore de ce monde lorsqu’il fêtera son 100e anniversaire.




Mais l’ouvrage qui vaut la peine qu’on s’y attarde est cet album à images pieuses datant du début du siècle précédent (je veux dire le XXe, bien sûr : on a beau être en 2021, j’ai encore de la difficulté à songer au siècle de ma jeunesse comme étant « le siècle précédant »… et je ne veux pas entendre un smat lâcher le mot « millénaire »).

 


On utilisait ces albums pour y placer des gravures. Comme celui-ci a 14 pages, il y a fort à parier qu’on y retrouvait un Chemin de Croix (un résumé de la Passion du Christ en 14 tableaux). Les gravures n’y sont plus, aussi n’ai-je pas encore fixé l’usage que j’en ferai. Je songe notamment à une édition numérique en HD que je possède du Raven d’Edgar Allan Poe, illustrée par les magnifiques gravures de Gustave Doré — l’ensemble fait 27 pages, donc ce serait idéal pour être imprimé sur papier de qualité et placé recto/verso.



 

J’ai aussi plusieurs illustrations naturalistes expliquant les mécanismes naturels comme la métamorphose de la chenille ou le camouflage. Imprimés en couleur, ce serait également superbe.


Ou des illustrations lovecraftiennes. On verra.

 

 

Patrimoine religieux   

En tant que phénomène social et historique incontournable, le christianisme doit être représenté dans tout bon cabinet par quelques objets.

 

Ce flacon était identifié par la note manuscrite « pour eau bénite (cristal) ». À 1$, je me suis questionné… est-ce vraiment du cristal ? 



Au son, ça semble bien en être : suffit de donner une légère pichenotte pour avoir un son pur, de longue durée. La bouteille décompose également la lumière solaire en arc-en-ciel (mais honnêtement, c’est beaucoup de niaisage avec une bouteille — utilisez un prisme). Finalement, on peut voir une estampille sous la fiole, signature des cristaliers  Baccarat.



Donc, cristal ou sacrée bonne imitation de cristal.

Est-ce que cette bouteille servait vraiment pour l’eau bénite ?

J’ai fais quelques recherches, car je croyais qu’il fallait conserver l’eau bénite soit dans un bénitier, soit dans un contenant sacré, un peu comme le calice sert au vin de messe. Et bien non — je pourrais bien transporter l’eau bénite dans une gourde en vessie de cochon si je le voulais, l’eau n’en resterait pas moins bénite.

Alors bon, comme la bouteille vient d’un monastère, le rasoir d’Occam m’encourage à croire que les religieuses qui l’habitaient n’ont pas menti éhontément sur leur petit papier pour arnaquer un dollar au misérable mécréant que je suis… 

 

Dans le même ordre d’idée, je suis tombé sur cette fiole, à 25 cents, supposée contenir de la terre venant de la Terre Sainte (un terme incluant tout l'État d'Israël, les territoires palestiniens et l’ouest du Jourdain en général). 



Autant dire qu’une pincée de sable ramassée sur les trottoirs du Vatican est de la terre pontificale (et encore, considérant le ratio volume de la pincée / aire du territoire, ce serait même encore plus « vrai »). Mais la tradition de ramener une pincée de la Terre Sainte remonte aux Croisades et le symbole est très fort dans l’Histoire occidentale, alors je suis bien content.

 

(Une autre fiole, elle aussi à 25 cents, l’accompagnait : de la résine d’oliban, dont je parlerai dans un billet à venir où j’aborderai aussi l'ambre, le copal et le santal).      

 

Pour terminer, reste ce petit contenant en verre, à 25 cents lui aussi, qui ne portait aucune indication. Je l’ai pris parce que je le trouvais joli, et la première personne à pouvoir me l’identifier recevra un prix.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire