mercredi 23 novembre 2022

Fiole à bromure

J’ai espéré longtemps trouver un contenant de bromure de potassium. Ce produit occupe une place majeure dans l’intrigue de mon roman Geist ; dans sa nouvelle Le Horla (version longue), le personnage de Maupassant doit se soumettre à ce traitement.



Je ne cacherai pas que j’aime spécialement dénicher des curiosités qui s’accordent avec mes univers imaginaires. Jusqu’ici, j’ai été plutôt chanceux avec Geist et ma fiole à bromure est accompagnée d’une boîte à électrochocs, d’un manuel de phrénologie, d’un recueil ancien des nouvelles de Maupassant et de quelques appareils de mesure électriques datant du début du XXe siècle.


(j'ai aussi, j'y reviendrai, de belles pièces en lien avec Le Crépuscule des Arcanes, mon roman en cours d'écriture Artifex, mes nouvelles longues Accords de principe et Par-delà la Mer et le Ciel -- cette dernière à paraître bientôt). 


Mais revenons à notre fiole à bromure. Une des choses que j’adorais quand je vivais à Lévis était le nombre d’antiquaires et de brocanteurs qu’on y trouvait, ainsi que leur tempérament sympathique. L’un d’eux m’avait envoyé un courriel, me disant qu’il venait d’acheter un vieux cabinet de pharmacie. Le meuble, massif et mal préservé, ne m’intéressait pas, mais j’étais curieux d’en examiner le contenu.   

Il y avait quelques contenants de remèdes que le brocanteur m’a laissé à fort bon prix. Parmi ceux-ci, à ma grande joie, la plus belle pièce était cette fiole à bromure, toujours dans sa boîte (ce qui en fait une pièce convoitée). Elle contenait encore quelques comprimés que j’ai transférés dans un pot de pilules moderne et porté en pharmacie pour élimination.

 



Le bromure de potassium est un sel qui fut largement utilisé comme antispasmodique et sédatif au XIXe siècle. De formule chimique KBr (d’où le terme argotique « kabrer un patient »), il est de couleur blanche ou incolore. On le mélangeait à de l’eau et on le consommait comme une eau gazeuse.

Les propriétés antispasmodiques du bromure de potassium ont été découvertes par Charles Locock en 1857. Ce dernier avait noté que le bromure calmait les tremblements et empêchait de formuler des idées avec acuité. Il cause aussi l’impuissance et, comme on pensait généralement que l'épilepsie était causée par la masturbation, le bromure de potassium semblait tout indiqué.

 



Guy de Maupassant fut l’un des consommateurs de bromure les plus connu. Non seulement y fait-il allusion dans plusieurs de ses textes mais le rapport du docteur Blanche, son aliéniste, en fait largement mention. Étant un Don Juan notoire, Guy de Maupassant avait une activité intime très intense et ne tarda pas à contracter la syphilis. Tant pour limiter la propagation que pour l’aider à contrôler ses ardeurs, Maupassant se fit rapidement prescrire des doses de bromure.

 


Guy de Maupassant


La consommation du bromure de potassium a peut-être eu une influence sur la dernière période littéraire de l’écrivain, qui passe du réalisme au fantastique et développe une fascination morbide pour la démence. En effet, les effets secondaires du bromure de potassium incluent la perte d'appétit, la léthargie, un épuisement permanent, la dépression, la perte de concentration et de la mémoire, la confusion, la paranoïa, les délire, l’agressivité et la psychose.

Pour les curieux, je vous invite à relire la version longue du Horla en gardant ces symptômes en tête et en sachant que ce fut la période où Maupassant consommait les plus fortes doses de bromure. Le héros du récit décrit l'arrivée progressive des symptômes cités ci-haut, presque dans l'ordre. 

 



Un illustration du Horla. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que le personnage a des airs de famille avec Maupassant lui-même...


Mais le bromure de potassium n’est pas seul responsable de la démence dans laquelle l’écrivain séducteur finira ses jours. La cause principale en est probablement la syphilis qui, dans son stade final, génère chez 10% des personnes atteintes des troubles neurologiques importants. S’en suivra une méningoencéphalite qui aboutit à la démence. Des changements extraordinaires dans la sensibilité ou le psychisme au cours de cette phase ont été décrits, mais ils ne sont pas constants. Différentes sortes d'hallucinations et une augmentation de la libido ont été rapportées.


Augmentation de libido que l’on soignait, vous l’aurez deviné, au bromure de potassium.

 

Triste histoire, considérant que de nos jours, il suffit d’une prise d’antibiotiques pour traiter cette maladie.

mardi 22 novembre 2022

Serres de hibou grand-duc

Alors pour le 22 Ornithologie, je vous montre ces serres de hibou grand-duc (le mot s’applique aux griffes et non aux doigts ou la patte elle-même, dixit Le Robert). Je dis « grand-duc », mais je devrais préciser « grand-duc d’Amérique », car notre ami a un homonyme européen qui n’appartient pas à la même espèce.

 




Ces serres sont tout ce que j’ai pu récupérer d’une vieille taxidermie mangée par les mites issue d’une vieille grange — et ce n’est pas la même taxidermie usée que mon oncle m’a donné et dont j’ai pu récupérer le crâne. Dans ce cas précis, non seulement le crâne était irrécupérable, mais l’autre patte aussi, de même que l’essentiel du plumage sur lequel un produit noirâtre (goudron ? mélasse ? huile de vidange ?) avait coulé. J’ai pu sauver deux belles plumes des ailes et honnêtement, je n’aurais pas pu en récupérer trois.

 

Le duvet de la patte n’est pas dans un superbe état, mais les serres sont intactes et c’est l’essentiel.

 

Les pattes des chouettes et des hiboux se différencient de celles des aigles par des serres presque toutes égales et de grande taille. Les doigts sont plus courts que ceux des autres rapaces. La courbure interne est moins prononcée, leur donnant un air de griffes de chat. Enfin et surtout, l’un des doigts avant peut pivoter vers l’arrière, pour donner une prise « deux en avant, deux en arrière ».

 




Comparé aux autres rapaces, les hiboux capturent des proies relativement petites (surtout des souris, des rats et des mulots, versus un aigle de même envergure qui pourra facilement capturer un lièvre). Contrairement à la croyance populaire, le hibou ne tue pas avec ses serres en brisant l’échine de sa proie (bien qu’il le pourrait : la puissance des serres du hibou grand-duc a été mesurée à 300 livres par pouce carré). S’il peut arriver qu’elle meure au bout son sang après avoir été percée d’une griffe, c’est un résultat accidentel. Les serres servent à capturer et dépecer ; c’est avec son bec que le hibou mettra à mort l’infortuné rongeur.

 


Un refuge pour rapaces blessés relâche un grand-duc. 
La prise de vue donne un excellent aperçu de l'envergure de 
l'oiseau comparée à la taille d'un être humain


lundi 21 novembre 2022

Lunettes d'horloger

 

Content de vous revoir !


Alors nous sommes le 21 et sur le programme, ça indique « antiquité, vie courante ». Je n’avais pas vérifié avant de choisir le jour de mon retour et ce ne sont peut-être pas les objets les plus « curieux », aussi ai-je décidé de commencer par une antiquité de la vie courante que j’utilise de plus en plus couramment dans ma propre vie courante.



Ce que vous voyez ci-dessus est une paire de lunettes d’horloger en laiton, datant — m’a assurée l’antiquaire — de 1904. Elles me sont tombées dans l’œil — s’cusez — alors que Sonya et moi revenions du Salon du Livre de Rimouski en 2019. Nous avions avions besoin de nous dégourdir les jambes, ma douce moitié m’a proposé de googler les antiquaires sur mon téléphone et voilà, nous avons pris la sortie suivante. La dame se spécialisait surtout dans les vieux meubles, la vaisselle de porcelaine, cristal ou argent, de même que les vieux chaudrons de cuivre et de fonte noire — votre humble serviteur ne jure d’ailleurs que par ses derniers lorsqu’il cuisine.

 Un coin de la boutique était consacré à ce que la dame appelait « les bibelots », où l’on trouvait notamment de vieux fers à repasser, des vases et quelques anciens outils. Parmi le lot, ces lunettes, vendue pour la modique somme de 20$ (en plus, la dame nous a offert le café, et si on songe au prix qu’on nous vend le précieux liquide en restaurant, j’ai fait une sacrée bonne affaire).

Mais revenons à nos lentilles. Ce sont des lunettes correctrices et, bien que je ne sois pas un spécialiste, il suffit de regarder à travers les verres pour constater qu’elles étaient destinées à corriger une presbytie légère, du genre « lunettes de lecture ». La presbytie, qui nuit à la vision rapprochée, est sans contredit un fléau pour les horlogers vieillissant…   





Bien sûr, la lentille est le détail le plus intéressant. Mon ami Érick, maître-joaillier (et illustrateur, voir en page 65 de Solaris 224) m’a assuré que cette loupe était aussi bonne que celle qu’il utilise lui-même en atelier (soit 5x) et que l’image obtenue est tout aussi limpide. Comme vous pouvez le constater, la lentille se détache et pour rigoler, je l’avais fixée à mes propres lunettes grâce à la pincette. J’ai été étonné de constater l’efficacité de la loupe et, une chose en entrainant une autre, je me suis mis à l’utiliser dans la vie quotidienne.




C’est tellement pratique ! Au début, c’est certain, il y a une gymnastique faciale à maîtriser : fermer l’œil gauche pour travailler en « zoom 5x », fermer l’œil droit pour revenir à la vision normale — et comme je n’ai jamais été très habile pour les clins d’œil, ça me donnait un air grimaçant plutôt loufoque. Mais il suffit d’une ou deux soirées à épingler des insectes pour que le mouvement devienne totalement naturel, et c’est stupéfiant comme le cerveau s’y habitue rapidement.


Depuis, quand j’étale mes spécimens entomologiques, je passe du zoom au normal sans même y réfléchir. Car oui, c’est pour travailler avec les insectes que j’ai utilisé la lentille la première fois : ça permet de garder les deux mains libres plutôt que de tenir une loupe en main — quant à ma loupe sur pied, elle était toujours « dans le chemin ».


Et honnêtement, ça me semble plus pratique que la version moderne, affectionnée par Érick, qu’il faut sans cesse retirer et remettre…



…quoique le style traditionnel existe encore, en version modernisée.



Outre l’entomologie, la lentille m’a bien servie l’été dernier pour retirer une écharde du doigt de ma fille.


C’est sûr que j’ai un drôle d’air en sortant de mon bureau si j’oublie de la retirer — ce qui arrive souvent car, comme je le disais, ça devient vite « naturel » — mais bon, on est excentrique ou on ne l’est pas.

 

samedi 19 novembre 2022

De retour !

Alors ça y est, tel que promis, dès lundi je suis de retour et cela, quotidiennement (du moins, autant que faire se peut).


Je ferai davantage de petites capsules que des articles plus denses, mais je prévois tout de même écrire de temps à autre quelques beaux billets sur un sujet ou un spécimen que j'aime particulièrement. Il y aura également des republications d'anciens billets, mis à jour de nouvelles connaissances.


Donc, chaque journée du mois aura son thème bien précis dont voici la liste :


Premier du mois :      Ostéologie, crânes

2.      Entomologie, coléoptères

3.      Cultures exotiques

4.      Cartographie

5.      Mythes et canulars

6.      Minéralogie, pierres ornementales

7.      Botanique

8.      Aquafaune, conchyliologie

9.      Livres anciens                                                               

10.  Matériel scientifique

11.  Entomologie, lépidoptères

12.  Paléontologie

13.  Numismatique

14.  Objets médicaux, outils

15.  Minéralogie, minerais

16.  Coquilles, carapaces, dents

17.  Armes antiques

18.  Ostéologie, autres os

19.  Antiquités de communication

20.  Spécimens préservés

21.  Antiquités, vie courante

22.  Ornithologie

23.  Objets médicaux, remèdes

24.  Aquafaune, ichtyologie

25.  Archéologie

26.  Navigation

27.  Entomologie, autre

28.  Bijoux

29.  Aquafaune, autre

30.  Minéralogie, curiosités

31.  Au bord de l’âtre (Lectures & infusions)


Alors à lundi tout le monde, et au plaisir !




mardi 18 octobre 2022

Bientôt...

 Deux semaines, peut-être trois... 

...le temps de finir d'installer mon cabinet pour de bon...

...le temps de terminer mes chroniques pour Lurelu...

...le temps de déposer un nouveau manuscrit...

...le temps de jouer dans les feuilles avec mes enfants...

...le temps de finir de sécher les herbes que j'ai fait pousser, ou récolté en forêt, pour concocter mes infusions d'hiver...







 ...puis, bien au chaud dans ma pièce bureau-bibliothèque-cabinet, entouré des étagères de chêne massif que mon amoureuse et moi avons fabriquées de nos mains, parmi l'amoncellement d'antiquités et de curiosités naturelles, avec à la main une tasse fumante d'un mélange de thym citronné, trèfle rose, feuilles de framboisier et monarde fistuleuse...


...je reviendrai chroniquer quotidiennement.


D'ici là, profitez des derniers beaux jours de l'année.





P-S : pour ceux que ça intéresserait, je ne consomme ces infusions que pour le plaisir gustatif et le mélange cité, dans les bonnes proportions, évoque le thé sencha agrumé. J'ai pris goût, depuis deux ans, à produire mes propres infusions, ce qui est beaucoup plus satisfaisant au niveau de la saveur, offre un beau potentiel créatif et, admettons-le, permet de réaliser de belles économies... en plus d'être un passe-temps zen qui apaise mon anxiété. 









jeudi 28 juillet 2022

Refonte du blogue...

C'est officiel, le blogue sera reforgé cet automne.


Les publications reviendront régulièrement, probablement au rythme d'une publication aux deux jours. Il n'y aura toutefois que six billets longs par mois ; les autres billets seront une brève présentation d'une curiosité en quelques lignes.


Je fais déjà un échauffement d'écriture chaque matin avant de me mettre au boulot. Le blogue désormais occupera une partie de ce rôle, mais pas tous les jours : je me préserve quelques plaisirs d'écriture comme inventer des contes et des comptines pour mes enfants ou consigner les anecdotes farfelues qui m'arrivent (étrangement) souvent.


On se revoit cet automne ! Après tout, je ne vous ai même pas encore montré le tiers de mes curiosités !



      

Mission monarque

On apprenait récemment que l’Union internationale pour la conservation de la nature vient d’inscrire le monarque sur sa Liste rouge des espèces menacées.


Triste nouvelle et malheureusement, cette liste risque de s'allonger dramatiquement au fil des prochaines années.


J'invite les lecteurs de ce blogue à participer à la Mission Monarque, que ma fille et moi avons décidé de rejoindre. 


Vous trouverez les informations ici : https://www.mission-monarch.org/fr/


J'ai une pensée toute particulière pour A.L. , qui était l'an dernier dans la classe de madame Kathryn, et m'avait exprimé son vif désir de se consacrer à l'entomologie en dépit du fait que sa mère refuse qu'elle collectionne les insectes... voici une extraordinaire façon de le faire.