vendredi 11 mars 2022

Ouvrez grand !

J’ai toujours eu une certaine fascination pour la chirurgie à l’époque où elle n’était pas pratiquée par des médecins. Pendant longtemps, les médecins étaient des théoriciens réputés alors que les chirurgiens étaient considérés comme des travailleurs manuels de basse extraction. En effet, un médecin n'a pas le droit d'exercer une profession manuelle pour en tirer profit. Pour cette raison, les actes chirurgicaux leur sont aussi interdits.

Ceux-ci sont donc assurés par les barbiers, qui en plus des coupes de cheveux, des bains et des étuves, traitent les plaies, incisent les abcès, pratiquent les saignées… après diagnostic d'un médecin.

 


Soins chirurgicaux selon un manuscrit anglais du XIe siècle : à gauche, patient atteint de goutte aux pieds que l'on incise et cautérise, à droite en haut patient atteint de hernie inguinale, à droite en bas opération des hémorroïdes.

 

Au XIXe siècle, la chirurgie retrouve la noblesse qu'elle avait perdu depuis l'Antiquité grâce à certains chercheurs qui engendreront la « révolution chirurgicale des trois A » :

L'Anesthésie (à partir de 1846) avec Wells et Morton ;

L'Antisepsie (à partir de 1867) avec Lister  ;

L'Aseptie (à partir de 1886) avec Pasteur .

Cette révolution aurait permis aux chirurgiens d'opérer plus largement, sans être limité par la douleur ou les risques infectieux. La réglementation devient plus sévère et des lois, d'abord locale puis nationale, interdisent la pratique de la chirurgie ambulante (pratiquée par un quidam qui était parfois un artisan talentueux dépositaire d'un savoir empirique transmis par un mentor, mais le plus souvent un rebouteux charlatan). Les sept dernières opérations à avoir été autorisées par des guérisseurs ambulants furent le retrait des cataractes, l'arrachage des dents, la saignée, la pose des sangsues, le traitement de la goutte, le retrait des hémorroïdes et l’ablation des amygdales. 

 

C’est d’ailleurs de cette dernière opération, nommée amygdalectomie, dont je vais vous entretenir aujourd’hui, car je viens de mettre la main sur quelques outils chirurgicaux de la fin du XIXe siècle, dont cet Amygdalotome de Fahnestock (modèle le plus "moderne", datant de 1898), joyeusement surnommé la « guillotine à amygdales ».  



L’amygdalectomie est pratiquée depuis l'Antiquité. À l'origine, elle se faisait soit en les arrachant avec les doigts, soit au couteau après ligature du pédicule.

L'amygdalotome dit "à fourchette" apparait au XIXe siècle. Il s'agit d'une lunette de métal devant laquelle passe une lame qui tranche l'amygdale d'un seul coup, d'où son surnom de guillotine.





Cet outil particulièrement inquiétant fonctionnait à la manière d'une véritable guillotine et permettait de retirer les amygdales infectées.




Cet outil fût cependant remplacé au début du XXème siècle à cause du fort taux d'hémorragie lors des opérations et de la nature imprécise de la machine, qui laissait souvent des restes d'amygdales.


Aujourd'hui, on s'est aperçu que les amygdales, organe lymphoïde, ont un rôle important et que les retirer supprime une barrière immunitaire pouvant, notamment, déclencher des bronchites asthmatiformes. D'où le fait que leur ablation est beaucoup plus rare qu'auparavant.

J'ai un joli lot d'outils que je présenterai de temps à autre sur le blog et croyez-moi, la plupart sont aussi terrifiants que celui-ci.

De quoi se réjouir des progrès de la chirurgie ! 



dimanche 6 mars 2022

Gardez-moi une place au banquet !

 


Sois  assuré  que  tu ne  m'embêteras  jamais  en me  parlant 
de ce qui  te passionne. Tu es astronome ? J'ai des  questions. 
Tu dessines des cartes de la Londres médiévale ? Tu me plais.
Le monde est un banquet de connaissances et chacun de nous 
a apporté un plat à table. Festoyons !



 -Traduction très libre de votre humble serviteur





Une amie m'a texté une capture d'écran de ce tweet en me disant que j'aurais pu en être l'auteur. Effectivement.  J'ai toujours adoré entendre parler les gens de ce qui les passionne. Il y a tellement de connaissances à acquérir sur tellement de sujets et, forcément, je n'aurai pas assez d'une vie pour en connaître le centième. 

Absolument tous les sujets sont riches en détails qui me fascinent et cela, même si le sujet lui-même a peu d'attrait pour moi. J'ai déjà écouté un collègue auteur me parler pendant une heure des subtilités de la musique heavy metal et des variantes du cinéma d'horreur alors que je n'écoute ni l'un, ni l'autre --- ça n'en reste pas moins fascinant. Saviez-vous que plusieurs chanteurs de musique heavy metal font une formation de chant d'opéra ? C'est logique quand on y pense... qui plus est, avec sa structure narrative, ses personnages et ses costumes, la culture heavy metal est très proche de l'opéra. 

Cela dit, la musique heavy metal ne m'attire pas du tout (alors que j'adore l'opéra). Mais j'ai trouvé si passionnant de découvrir que certains albums racontent, une mélodie après l'autre, une sorte d'épopée, exactement comme un opéra ou un ballet. Curieux, j'ai essayé d'écouter l'un des albums recommandé par ce passionné. J'ai détesté la première chanson et j'ai cessé mon écoute à la seconde. Toutefois, je suis ensuite allé lire les paroles (souvent de grande qualité poétique) et j'ai googlé des photos du spectacle. Ça m'a donné un aperçu.   

C'est tellement fascinant d'en apprendre davantage sur un domaine inconnu lorsque la personne qui vous en parle vous offre sa culture sur un plateau d'argent, sans condescendance ni mépris, juste pour le plaisir de partager ses connaissances.  

Les discussions entre cabinetiers, ou avec des collectionneurs, sont évidemment riches en découvertes. J'ai également la chance de lire les billets numismatiques de Clodjee ou les Carnets du Futurible, entre autres. Ce sont toujours des sujets que j'adore. S'il avait vécu de nos jours, Jean-Henri Fabre aurait probablement été très actif sur les médias sociaux, à publier des vidéos d'insectes qu'il aurait filmé avec son cell et partageant ses succès et déboires entomologiques dans des billets savoureux (il avait de nombreux correspondants et tenait à ce que ses observations soit d'une limpidité accessible au grand public). J'adore Québec Science, National Geographic, Art in America, Historia, et j'en passe...

Mais je crois qu'il convient aussi de sortir de sa zone de confort, comme j'ai raconté plus haut à propos du heavy metal. 

Le cabinetier, le vrai, est un spectateur du grand Théâtre du Monde ; toutes les merveilles de la Nature et toutes les connaissances humaines sont sur un même pied d'égalité. Le Cabinetier digne de ce nom traite tous les sujets avec la même curiosité et s'efforce de garder l'esprit ouvert à toutes les connaissances. Il n'y a aucune hiérarchie entre les divers registres du Savoir. Rien n'oblige le Cabinetier à s'intéresser à tout, mais par définition, hiérarchiser les connaissances est à l'opposé de l'esprit même d'un cabinet qui se veut une représentation en miniature des connaissances du monde entier.

Il n'y a pas de sot métier. Il n'y a pas de bas-savoir.       

Le monde est un banquet de connaissances et chacun de nous a apporté un plat à table. 

Festoyons... mais surtout, goûtons à tous les plats !

samedi 26 février 2022

Curieuse Expédition (8) : le Jardin de l'Étrange

Disons-le…

1- On néglige trop souvent la visite du Jardin Botanique quand on s’offre le triptyque Biodôme-Insectarium-Jardin.

2- On néglige trop souvent de visiter les serres quand on visite le Jardin Botanique.

3- On néglige vraiment, vraiment trop souvent de visiter le Jardin Botanique durant l’hiver.


Pourtant, il y a quelque chose d’absolument exquis à se balader, durant une froide et morne journée de février, dans une serre immense où il fait 26’C, où les lampes UV vous dardent de chauds rayons et surtout, où foisonne une luxuriante végétation tropicale. Cette lumière, cette chaleur, ces parfums, ces couleurs… c’est vraiment une extraordinaire sortie hivernale.




Afin d’inciter davantage de gens à faire cette constatation — et inspirée du succès des expositions Venenum et Curiosités du Monde Naturel au Musée de la Civilisation, ou La Chambre des Merveilles à Pointe-à-Callières, le Jardin s’était lancé dans l’aventure des curiosités  avec, en 2020, Les Plantes Étranges de Mme Z. Malheureusement, la pandémie est venue voiler l’éclat qu’une telle exposition aurait dû avoir. On récidiva en 2021 pour frapper le même mur.


L’exposition de cette année, Le Jardin de l’Étrange, récupère l’essentiel des décors des plantes de Mme Z ainsi que la majeure partie de la thématique. Et tant mieux !



Je l’ai déjà avoué, la botanique m’a longtemps moins attiré que la zoologie ou la mycologie (qui n'est plus une branche de la botanique). Je remédie à cette lacune depuis que j’ai commencé mon herbier tridimensionnel et c’est afin d’attiser cette flamme que je me suis embarqué pour le Jardin de l’Étrange.








Autant le dire tout de suite : j’ai été conquis. Dans un décor steampunk qui semble tout droit sorti d’un ouvrage de Jules Verne, le Jardin de l’Étrange attire l’attention du visiteur sur les plantes géantes, les plantes flamboyantes, les plantes succulentes et les plantes carnivores.





L’exposition fut aussi plaisante pour le scientifique que je suis que pour ma conjointe qui contemple la végétation avec un œil d’artiste ou ma fille de 4 ans (eh oui, le temps passe)… les stations interactives valent amplement le détour et les décors génèrent une ambiance fort plaisante.




De retour au Carbonifère avec cette fougère-arbre...


...ça c'est d'la tête de violon !



Faîtes vite si vous souhaitez la visiter : l'exposition s'achève en avril...


Reste que j’ai entendu entre les branches (!) qu’une nouvelle aventure serait en préparation, inspirée des chasseurs de trésors et se consacrant aux plantes sur lesquelles se sont érigées des fortunes, des épices au cacao en passant par la folie spéculative des tulipes aux Pays-Bas… à suivre ! 


Mais en attendant, ceux qui se sente la fibre d'une Mme Z. pourront se procurer, à la boutique de souvenirs, de quoi démarrer leur propre jardin de l'étrange...



    


dimanche 13 février 2022

Le triptyque des orbes est complété !

J’en ai déjà fait mention, l’un des incontournables des cabinets antiques était le « triptyques des orbes » qui était constitué de trois objets forts mystérieux pour l'époque : le fruit de bois (noix de coco), les hanaps de sirènes (coquilles de nautile) et les oeufs de Rokh (oeufs d'Aepyornis fossilisés).


Le premier fut le plus facile à obtenir : je suis passé à l’épicerie, puis j’ai trouvé un tutoriel qui explique comment séparer la noix de coco en deux moitiés égales, retirer la chair et remonter le tout.


Pour la coquille de nautile, ce fut beaucoup plus difficile, d’autant que l’animal est protégé par des lois internationales. J’ai obtenu le mien par un échange avec un autre collectionneur.


Pour l’œuf d'Aepyornis fossilisé, ça s’est avéré au-dessus de mes moyens. Toutefois, en examinant d’anciens cabinets via des visites virtuelles ou dans certaines expositions muséales, j’ai découvert que l’œuf d’autruche et l’œuf d'Aepyornis étaient indifféremment exposés. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a des éleveurs d’autruche un peu partout au Québec.



Ci-dessus, quelques-uns des œufs de mon cabinet. Du plus gros au plus petit : œuf d’autruche, œuf d’émeu, œuf de héron et œuf de caille. Pour vous servir d'échelle, l'oeuf de héron (légèrement bleuté) est de la même taille qu'un oeuf de poule.


L’œuf d’autruche

Avec une masse comprise entre 1,2 et 1,8 kg, l’œuf d’autruche est le plus gros œuf d’animal vivant et donc la plus grande cellule du règne animal. Parfaitement comestible, il peut à lui seul fournir une sacrée omelette…



Il n’y a qu’un seul œuf d’autruche dans cette poêle


Pour le cuire à la coque, il faut le faire bouillir entre trois quart d’heure et une heure. Si vous souhaitez cuisiner un œuf d'autruche, il est important de savoir que cet œuf représente en moyenne 25 œufs de poule. 


La coquille est tellement épaisse que les autruchons prennent plusieurs jours à la transpercer ; si solide que les gourmets doivent l'affronter à la scie à métaux ou au marteau et au burin. Cette épaisseur permet ainsi d’en faire des objets utilitaires ou décoratifs. 


De tout temps, on a utilisé l’œuf d’autruche pour faire des gourdes.



Il fut souvent peint.




Mais je le préfère sculpté.




Durant l’époque victorienne, on en faisait des coffres à bijoux ou des urnes.




En Asie, on en a fait des urnes funéraires.




L’œuf d'Aepyornis


Bien sûr, l’œuf d'Aepyornis est encore plus impressionnant, mais de nos jours, seuls les musées et les riches collections privées en possèdent.








Spécimen numéro 1, oeuf d'Aepyornis ; 

numéro 2, oeuf de moa (autre oiseau coureur disparu) ; 

numéro 3, oeuf d'autruche.


L’Aepyornis ou Oiseau-éléphant était un oiseau géant de la même famille que les autruches Il vivait exclusivement à Madagascar. Il mesurait environ 3,5m de haut.




On hésite à fixer sa date de disparition officielle, mais il est certain qu’il vivait encore au Moyen-Âge (des tests au carbone 14 le font remonter jusqu’à l’an 1100 après J-C). Certains témoignages affirment qu’il a subsisté jusque dans les années 1800, mais aucune preuve satisfaisante n’a été apportée jusqu’à présent.



Deux hypothèses (qui ne s’excluent pas entre elles) sont avancées pour expliquer la disparition de l’Aepyornis. Des archéologues ont récemment trouvé des restes de coquilles d'œufs parmi d'anciens foyers humains, suggérant que les œufs fournissaient régulièrement des repas pour des familles entières. L’humain aurait-il savouré ce repas facile et nutritif jusqu’à nuire à la reproduction de l’espèce ?

Une autre hypothèse soutient que la disparition totale d'æpyornis sur un laps de temps très court pourrait être la conséquence des maladies transmises par les volailles élevées par les humains. 

Reste que pendant longtemps, on a cru que les œufs fossilisés de l’Aepyornis étaient des œufs de Rokh, l’aigle géant légendaire des contes des Mille et Une Nuits.




Des ratites et des Hommes…

Un nombre appréciable de nouvelles de H.G. Wells ont pour cadre les cabinets de curiosités, les bazars, les brocantes et les halls de collectionneurs. Éventuellement, compte les regrouper en un recueil et les mettre ici à télécharger (certaines sont devenues très difficiles à trouver en français).

Wells a consacré une nouvelle à chaque oiseau discuté dans ce billet, soit Une affaire d'autruches, ainsi que L'Île de l'Æpyornis. 






 


mardi 25 janvier 2022

Les souvenirs d'un bijou

 Lorsqu’on pense à l’archéologie, on imagine Carter découvrant le tombeau de Toutankhamon ou les spécialistes du Shaanxi mettant à jour le mausolée de Qin. 


Mais dans l’essentiel, la compréhension du passé se fait de manière beaucoup plus humble. Le biface qu’un anonyme homme des cavernes a façonné, des fragments de poterie d’humbles paysans, des boucles de ceinture de légionnaires, des pièces de monnaies usées, des aiguilles, des porte-bonheurs, des figurines, des outils, des socs de charrue, des tablettes d’argiles où figurent des inventaires d’entrepôt, des fers à cheval, des poêles en fonte, des bouteilles, de la vaisselle, etc, etc, etc…


C’est par les objets laissés par monsieur et madame Tout-le-Monde qu’on comprend le quotidien d’une société ainsi que son niveau de vie moyen. On ne pourrait, par exemple, se baser sur le sarcophage d’un pharaon pour déterminer la richesse d’un paysan égyptien. 


Et c’est pour cela que les objets les plus modestes, les plus humbles, me fascinent autant. Dans la littérature d’imaginaire, on voit souvent des exemples d’un don psychique fictif permettant de « voir » le passé de l’objet — vous vous doutez bien que j’en rêverais ! Vous imaginez par combien de mains sont passées les pièces de monnaies de l’Empire romain ? 


...bon, voir l’Histoire du « point de vue » d’une pièce de monnaie doit être assez plate, considérant qu’elle passait son temps dans une bourse ou un coffret, et n’était sortie que pour être réempochée. 


Mais un bijou, voilà un bon "témoin" ! Suivant ce rêve de voir ce que l'objet a "vu", un bijou serait un candidat idéal. Au contraire d'une pièce de monnaie, un bijou est toujours exposé à la vue, bien en évidence. En plus, on le porte pour les événements importants, alors les chances d'assister à de scènes marquantes sont élevées.


Donc, les bijoux et ornements modestes, utilisés par Monsieur-Madame Tout-le-Monde au cours des événements qui leur tenaient à coeur, seraient selon moi d'excellents témoins de la vie quotidienne au cours des époques passées.


Au cours de 2022, je ferai la présentation de certains des bijoux antiques que je possède.



Jonc romain de style thrace, circa 300 ap. JC.


Les Romains étaient très friands de bijoux, portant souvent une bague à chaque doigt - et parfois même à la deuxième et à la troisième jointure de chaque doigt. Ils avaient également un penchant pour de nombreuses autres formes de bijoux personnels, notamment les bracelets portés à la fois sur l'avant-bras et le haut du bras, les boucles de ceinture, les chaînes, les pendentifs, les boucles d'oreilles, les épingles à cheveux et les broches. 


J’ai le privilège de posséder une bague en bronze exceptionnellement bien conservée datant du IVe siècle après J.-C. La bague montre beaucoup d'usure, mais l'état de conservation est remarquable. 




Plusieurs bagues de ce modèle furent fabriquées juste avant la chute de l’Empire Romain. D’inspiration thrace, le modèle de jonc en losange fut très populaire durant cette période. On en trouve de nombreux exemplaires sur les sites archéologiques de la ville de Rome, mais aussi en Bulgarie et en Serbie.  


Le site officiel du Vatican vend d’ailleurs plusieurs artefacts historiques mineurs (j’ose espérer qu’il s’agit d’une source fiable). L’un des bijoux historiques proposé est un jonc en losange comme le mien — on peut en voir un peu partout sur les sites spécialisés, toujours dans les mêmes prix, mais rarement en aussi bon état que le mien.   





L’importance de l’usure laisse à croire que ma bague a été portée pendant plusieurs vies - transmises de génération en génération. Dans la mesure où cette bague a été produite en une seule pièce, elle a un aspect moderne et élégant malgré le fait qu'elle a seize ou dix-sept siècles. Son ton sombre et riche est caractéristique du bronze ancien. 

Même sous la lentille d'un joaillier, il y a peu de dégradation discernable due à la corrosion ou à l'oxydation (la plupart des petits artefacts comme celui-ci souffrent d'une dégradation importante). 

Elle est cependant très petite (les gens n’étaient pas grands à l’époque). Ma conjointe, qui prétend mesurer 5'2" (avec ses souliers à talons, je suppose), ne peut glisser ce bijou qu’à son petit doigt.



Il s'agit d'une autre pièce boudée par les musées et les institutions d'enseignement supérieur provenant de la collection du regretté professeur dont j'ai hérité de la pointe d'épieu Bura --- une collection se consacrant uniquement à l'Histoire de la métallurgie.  


Je n'ai pas encore déterminé quel genre de présentoir j'allais utiliser. Je songe à un petit globe de verre, à moins que je ne fasse un cadre vitré consacré à tous mes objets romains : pointe de flèche, monnaie, bijoux, attache de bride et grelot. 


C'est donc prétexte supplémentaire pour aller visiter l'exposition Pompéi, Cité immortelle au Muz' d'la Civ. Non seulement j'ai toujours adoré les visites en musée mais désormais, j'y puise également de l'inspiration pour créer des présentoirs.

Je vous en reparlerai !








mercredi 19 janvier 2022

Un autre colosse

J’ai déjà parlé de mon scarabée Atlas auparavant ; pour ceux qui s’intéressent peu à la mythologie, sachez qu’il tient leur nom du titan Atlas, un géant qui portait le poids du monde sur ses épaules.




Deux autres scarabées portant des noms de colosses étaient sur ma liste de curiosités à acquérir : le Goliath et le Hercule. Pour ce qui est du Hercule, je ne le possède pas encore, malheureusement…




…mais j’ai toutefois un Goliath dont je suis plutôt fier.


Ces trois scarabées forment une sorte de triptyque entomologique classique. On peut d’ailleurs les voir ci-dessous, illustrés ensemble (le goliath sur l'image est d'une sous-espèce différente du miens, j'en parle plus loin).



Découverte du Goliath

Le tout premier spécimen de Goliath observé par un naturaliste occidental fut trouvé vivant, flottant dans l'estuaire du Gabon par le capitaine d'un navire marchand. Comme j’en ai déjà parlé dans les billets traitant de Basilius Besner ou d’Albertus Seba, la plupart des cabinetiers écumaient les ports à la recherche de spécimens intéressants ramenés par les marins. Certains humbles matelots parvinrent ainsi à augmenter leurs revenus de façon importante et certains devinrent même des chasseurs de curiosités réputés.


Ce fut le cas de notre capitaine qui, constatant que le goliath était énorme, décida de l'amener en Europe en 1766. Il fut d’abord acheté par David Ogilvie, chirurgien de marine, puis par William Hunter, un célèbre naturaliste anglais. Ce Goliath se trouve toujours dans la collection Hunter, aujourd'hui conservée à l'université de Glasgow. 




Cinq ans plus tard, l'entomologiste amateur Drury publiera une image du Goliath dans son Illustrations of Natural History et le baptisera selon son propre nom (Goliathus druryi)… sans citer William Hunter, ce qui occasionna une querelle avec ce dernier. 


Il se trouve que Hunter avait prêté son spécimen à un certain Da Costa pour que celui-ci le fasse illustrer. Toutefois Da Costa fut emprisonné pour détournement de fonds et dû vendre ses illustrations. Drury les acheta légalement et décida, comme personne n’avait décrit le spécimen auparavant, de lui donner son nom.


Bref, la chicane était pognée.


Dès son arrivée en Europe, le Goliath suscita l’intérêt des collectionneurs d'insectes. Or, William Hunter était le seul possesseur de Goliath. Drury s'efforça à son tour d'obtenir un exemplaire mais malheureusement, personne ne savait où vivait l'espèce précisément. 


Drury financera alors une expédition menée par Henry Smeathman au Sierra Leone (en 1775). L’équipe d’explorateurs ne parviendront pas à ramener un Goliath identique, mais ils en trouveront un similaire : le Goliath Regius.



Goliathus goliathus, (celui de Hunter)


Goliathus Regius, (celui de Drury)


Du coup, Hunter avait « son » Goliath, Drury avait aussi le « sien », tout le monde est content, chacun sa bébitte, la chicane était finie… de vrais enfants.



Les sous-espèces de Goliath


On sait aujourd’hui qu’il existe possiblement six (mais plus probablement cinq) sous-espèces de Goliath. Chacun a ses petites particularités et sa propre aire de distribution.



Le Goliathus goliatus, c’est-à-dire le Goliath de Hunter, est répandu dans toute l'Afrique. C'est le seul Goliath avec une coloration rougeâtre, ce qui les rend faciles à repérer dans la nature, et ils sont populaires auprès des collectionneurs et des éleveurs du monde entier. Ce sont les plus fréquents.


Le Goliathus regius, ou celui « de Drury », est le plus grand de tous. Il peut atteindre 3 à 4 pouces de longueur, soit la taille d'une main humaine. Il se présente dans des tons de noir et de blanc.


C’est aussi le cas du Goliathus albosignatus qui porte des motifs caractéristiques sur le dos et l'abdomen. On surnomme ces dessins des « os » ou, en anglais, des « starbursts ».

Goliathus orientalis a une distribution limitée par rapport aux autres Goliath, ce qui le rend plus difficiles à attraper et peut-être le plus rare des Goliath... 

…pour le savoir, il faudrait déterminer si Goliathus atlas est une espèce à part entière. C’est une forme très rare de Goliath - seuls quelques spécimens ont été collectés. La plupart des entomologistes croient qu’il ne s’agit pas réellement d’une espèce, mais d’un hybride résultant d'un croisement entre G. regius et G. cacicus.

Le dernier d’entre eux, Goliathus cacicus, se distingue par sa carapace plus colorée. Alors que les autres Goliath sont limités aux nuances de rougeâtre, de noir et de blanc, Goliathus cacicus  présente des teintes de jaune, ambre et orange. 




Le Goliath dans la nature


Dans la nature, les Goliath se nourrissent principalement de fruits. S’ils ne sont pas dangereux pour les humains, ils peuvent être assez agressifs entre eux. Dans la nature, les mâles se battent pour la nourriture et les partenaires ; peuvent devenir extrêmement territoriaux si un autre coléoptère commence à pénétrer dans leur domaine.



Comme la plupart des espèces de coléoptères, les Goliath ont une vie courte. Ils meurent environ 3 à 6 mois après avoir atteint leur forme adulte.


De façon assez surprenante pour un insecte aussi gros, les Goliath sont très habiles en vol. Leurs ailes battent furieusement vite, faisant un boucan d’enfer lorsqu’ils volent : on compare cela au bruit d’un marteau-piqueur.




Rareté

Les Goliaths, quelle que soit l'espèce, restèrent longtemps très difficile à obtenir et d'autant plus recherchés. En 1813 on n'en trouvait que trois ou quatre dans les collections européennes, un demi-siècle après l'arrivée du spécimen de Hunter. L’élevage du Goliath reste cependant difficile, le taux d'échec est élevé et les adultes sont souvent plus petits que dans la nature.


C’est d’ailleurs ce qui le rend sa valeur si élevée auprès des revendeurs de spécimens.


Les prix sont en dollars américains.



Mon Goliath

Je le dis tout de suite, je n’ai pas dépensé une telle fortune pour mon Goliath. 


Il m’arrive de vendre des spécimens à des boutiques ; principalement des minéraux ou des fossiles, mais aussi des antiquités qui ne m’intéressent pas (les deux boutiques où je vends n’achètent leurs spécimens animaliers qu’auprès d’éleveurs certifiés pour ne pas nuire aux écosystèmes). 

Il y a quelque chose de très « Indiana Jones » à se pointer dans une boutique avec une mallette, être reconnu par le propriétaire et invité dans l’arrière-boutique pour y déballer les trouvailles qu’on a fait lors d’une expédition en plein-air…

Bref, vous l’aurez compris, j’ai obtenu mon Goliathus en échange de certaines de mes propres trouvailles.


Il s’agit d’un Goliathus Orientalis, un spécimen de belle taille (9 cm) que j’ai négocié avec un aplomb dont je suis resté plutôt fier : je savais que voulais un Goliathus, je savais que le boutiquier en avait quelques-uns, je connaissais la valeur des spécimens que j’avais à échanger et après une longue discussion, le monsieur a accepté de me payer avec un Goliathus, mais pas avec l’unique Regius dont il disposait. Il a contre-offert un Goliathus goliathus, sauf que j’étais davantage séduit par les motifs noirs et blancs de l’Orientalis… et finalement, il a accepté !      




Mon Goliathus Orientalis méritait son propre dôme, provenant du Ikea mais acheté de seconde main à la Ressourcerie. La base de bois est un chandelier géant acheté chez Michael’s dans le panier à liquidations. Le morceau de bois flotté fut trouvé sur la berge du St-Laurent.



J’ai hésité très longuement à savoir si je déployais ou non ses ailes… et je l’avoue humblement, j’ai choké comme on dit en bon français, le risque d’abimer mon spécimen m’a effrayé et je n’ai fait que l’humidifier pour en déployer les pattes (toujours faciles à recoller en cas de bris). 


Peut-être qu’un jour, j’oserai m’armer de courage, rouvrir le dôme et écarter les élytres… mais pas pour l’instant.


Poids

Une dernière petite note pour le poids : c’est vraiment un insecte lourd, bien davantage que mon Atlas qui est pourtant d’une taille comparable. Tenir en main un Goliath est une expérience particulière : on dirait qu’il est trop lourd pour sa taille. Vous souvenez-vous des Tonka en métal, ceux de petite taille ? 



Et bien, c’est le même poids. 

Étonnant, non ?